Sur les réseaux sociaux, beaucoup d'internautes -et principalement des naturopathes- affirment que "80 % des adultes sont carencés en Vitamine D" et devraient donc prendre une supplémentation quotidienne, saisissant souvent l'occasion pour faire la promotion de compléments alimentaires.
Selon eux, la vitamine D ne renforcerait pas que les os, mais aussi l'immunité, et en prendre quotidiennement réduirait les risques de cancers, de maladies cardiovasculaires, et même de dépression.
Cependant, l'efficacité de la vitamine D en dehors de la santé osseuse n'est pas établie, et même s'il y a des carences dans la population, les recommandations officielles ne préconisent pas de supplémentation généralisée.
Qu'est-ce que la vitamine D ?
La vitamine D - qui est en fait le précurseur d'une hormone, le calcitriol - est synthétisée au niveau de la peau, sous l'effet de l'exposition aux rayons ultraviolets UVB. On la trouve aussi dans certains aliments, tels que les poissons et les produits laitiers.
La vitamine D est "essentielle au métabolisme du calcium et du phosphore", indique le Service Public d'Information en Santé sur son site, car elle "augmente leur absorption dans l’intestin et diminue leur élimination dans l’urine, favorisant ainsi la minéralisation des os et des dents" (lien archivé ici).
Elle joue donc un rôle essentiel "dans la qualité du tissu osseux et musculaire ainsi que dans le renforcement de notre système immunitaire", explique l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses). Pourtant "la majorité des Français n’en consomme pas suffisamment", concède l'agence sur son site (lien archivé ici).
Certaines populations sont à risque d'insuffisance, voire de carence, d'où l'intérêt de prescrire des supplémentations en vitamine D sous forme médicamenteuse, par exemple pour les bébés ou pour les personnes âgées, pour compenser ce manque.
Chez l'enfant, la vitamine D étant indispensable à la croissance des os, celle-ci est prescrite "dès les premiers jours de la vie en prévention du rachitisme, maladie de la croissance et de l'ossification", explique l'Anses (lien archivé ici). Cette supplémentation doit être poursuivie "pendant toute la phase de croissance et de minéralisation osseuse, c’est-à-dire jusqu’à 18 ans".
Chez l'adulte, les taux de vitamine D optimaux sont sujets à débats.
Pour être active, la vitamine D doit tout d'abord être transformée au niveau hépatique en 25-hydroxycholécalciférol ou calcidiol (forme mesurée dans les dosages sanguins) puis à nouveau hydroxylée, notamment au niveau rénal en 1,25-dihydroxycholécalciférol ou calcitriol (forme active).
Globalement, dans la population générale, une concentration sanguine de calcidiol supérieure à 20 ng/mL est considérée comme "suffisante", explique le Service Public d'Information en Santé (SPIS).
Selon l'étude nationale de santé publique Esteban, "35% de la population est en déficience, parmi lesquels 6.5% présentent une carence, c'est-à-dire un statut inférieur à 10 ng/mL", détaille Mélanie Deschasaux, chercheuse en épidémiologie nutritionnelle (lien archivé ici), contrairement aux taux de "80%" souvent évoqués sur les réseaux sociaux.
Les conditions de la supplémentation
"Le déficit en vitamine D est un problème de santé publique", reconnaît Aymeric Dopter, chef de l’unité d’évaluation des risques liés à la nutrition de l'Anses (lien archivé ici).
Pour autant, la supplémentation en vitamine D n’est pas recommandée systématiquement chez les adultes.
"Chez l'adulte, il n’existe pas de recommandation de supplémentation en vitamine D, contrairement aux enfants pour lesquels la vitamine joue un rôle crucial pour la croissance", développe-t-il.
C'est pour cela que le dosage de la vitamine D n'est préconisé et pris en charge par l'Assurance maladie que dans six situations cliniques que l'on retrouvent ici (lien archivé ici) :
- lors d'une démarche diagnostique visant à confirmer ou infirmer un rachitisme (suspicion de rachitisme) ;
- lors d'une démarche diagnostique visant à confirmer ou infirmer une ostéomalacie (suspicion d'ostéomalacie) ;
- au cours d'un suivi ambulatoire de l'adulte transplanté rénal au-delà de trois mois après transplantation ;
- avant et après une chirurgie bariatrique ;
- lors de l'évaluation et de la prise en charge des personnes âgées sujettes aux chutes répétées ;
- pour respecter les résumés des caractéristiques du produit (RCP) des médicaments préconisant la réalisation du dosage de vitamine D.
"En dehors de ces situations, il n'y a pas d'utilité prouvée à doser la vitamine D", indique l'Assurance maladie.
La capacité de l'organisme à absorber ou à synthétiser la vitamine D diminue avec l'âge. "Les personnes âgées constituent une population particulièrement vulnérable, chez laquelle un faible apport en vitamine D peut se traduire par de l'ostéoporose", explique l'Anses.
Pour les personnes à risque d'ostéoporose liée à l'âge, une maladie ou un traitement chronique, le taux sanguin de référence, selon les recommandations du GRIO (Groupe de recherche et d'information sur les ostéoporoses), devrait être supérieur à 30 ng/mL (75 nmol/L). Si ce n'est pas le cas, "le médecin prescrit une supplémentation en vitamine D pour le ramener à des valeurs normales. Lorsque cet objectif est atteint, un traitement d’entretien est prescrit pour le maintenir tout au long de la vie", développe le SPIS.
En plus de ce cas précis, le SPIS explique que les autorités sanitaires recommandent une supplémentation en vitamine D chez les personnes âgées de plus de 60 ans, via "la prescription de suppléments de vitamine D (entre 800 et 1000 UI par jour) chez ces personnes".
D’autres populations sont également à risques : les nouveau-nés, les nourrissons, les femmes enceintes, les femmes ménopausées, et les personnes à peau mate ou foncée, "pour qui la synthèse de cette vitamine par l’exposition au soleil est moins efficace", explique l'Anses.
"Enfin, certains facteurs, comme les régimes alimentaires spécifiques supprimant la viande, le poisson, les œufs et les produits laitiers ou les pathologies induisant une malabsorption intestinale, peuvent aggraver les risques de carence."
Contrôle médical nécessaire
La supplémentation en vitamine D peut se retrouver sous forme de médicament, mais aussi en complément alimentaire, en libre-service.
A la différence des médicaments, les compléments alimentaires ne sont pas soumis à une autorisation de mise sur le marché.
Ils ne peuvent revendiquer d'effets thérapeutiques, et les effets positifs sur la santé qu'ils peuvent afficher sont encadrés par l'Union européenne.
Comme l'explique ici le site Vidal (lien archivé ici), les compléments alimentaires à base de vitamine D peuvent prétendre contribuer :
- à l’absorption intestinale et à l’utilisation du calcium et du phosphore,
- au maintien de taux sanguins de calcium normaux,
- à la croissance normale des os des enfants,
- au maintien de l’état normal des os, des muscles, des dents et du système immunitaire,
- à la division cellulaire,
- au fonctionnement normal du système immunitaire des enfants de 3 à 18 ans
"Si et seulement si ces produits contiennent au moins 0,75 microgrammes de vitamine D (calciférols) pour 100 g, 100 ml ou par emballage si le produit ne contient qu’une portion", précise le site.
"De plus, les denrées et suppléments alimentaires apportant au moins 15 microgrammes de vitamine D par portion journalière peuvent prétendre contribuer à réduire le risque de chute associé à l’instabilité posturale et à la faiblesse musculaire, chez les hommes et les femmes de 60 ans et plus", détaille l'article de Vidal.
La supplémentation doit, dans tous les cas, être réalisée "sous contrôle médical", insiste Gilles Laverny, chercheur à l'Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC) (lien archivé ici).
"Prendre de la vitamine D quand on est en déficience peut être intéressant. Mais à partir du moment où on est 'suffisant', il n'y a pas d'intérêt à en prendre davantage", souligne-t-il.
"Il ne faut pas se dire que plus on prend de vitamine D, mieux c'est pour notre santé et, qu'au pire, ça ne peut pas faire de mal", le rejoint Mélanie Deschasaux.
Prendre de la vitamine D de manière non contrôlée par un médecin n'est pas sans risques. "Il faut bien comprendre que c'est une hormone et donc forcément, il y a aussi des effets indésirables, surtout si l'on prend des compléments achetés sur internet et qui ne sont pas contrôlés", alerte Gilles Laverny.
C'est pour cela que l'Anses recommande aux prescripteurs de "toujours privilégier l’utilisation d’un médicament par rapport à celle d’un complément alimentaire, tant au regard du bénéfice attendu que du risque" (lien archivé ici).
L'agence a d'ailleurs alerté à de multiples reprises sur des cas de surdosage de vitamine D chez les nourrissons "liés à la prise de compléments alimentaires".
"Le recours aux compléments alimentaires contenant de la vitamine D peut exposer à des apports trop élevés et provoquer une hypercalcémie", un taux trop élevé de calcium dans le sang, entraînant la calcification de certains tissus, et des conséquences cardiologiques et rénales, alerte-t-elle.
L'excès d'apport en vitamine D peut aussi causer d'autres troubles tels que "des maux de tête, des nausées, des vomissements, une perte de poids ou encore une fatigue intense".
De nombreuses pistes de recherches
"Il est indispensable d'avoir un bon taux de vitamine D", affirme sur Instagram une internaute qui se présente comme naturopathe. "Les bénéfices pour la santé ne sont plus à démontrer : prévention des cancers, de la dépression, des infections, des maladies auto-immunes, des rhumatismes inflammatoires: polyarthrite rhumatoïde, lupus, spondylarthrite, rhumatisme psoriasique, fibromyalgie, Alzheimer et Parkinson, les douleurs musculaires chroniques bref, un indispensable santé", selon elle.
"Manque de vitamine D: +57% de risques de mourir prématurément", affirme même "Docteur Résimont" sur Facebook.
Cependant, les experts interrogés par l'AFP et les autorités sanitaires mettent en garde contre ces affirmations.
En plus de son effet démontré et établi dans la santé osseuse, la vitamine D sert aussi - comme de nombreux autres éléments utiles à l'organisme - à assurer le bon fonctionnement du système immunitaire et contribue à de nombreuses fonctions de l'organisme.
"A partir de là, il y a pleins d'hypothèses sur le rôle de la vitamine D dans la réduction de risque de pathologies", explique Mélanie Deschasaux. Sauf qu'aucun lien direct n'a été établi entre "fonctionnement normal d'un système et réduction de risque de maladies", ajoute-t-elle.
Ainsi, par exemple il est important d'assurer un fonctionnement normal du système immunitaire qui lui-même lutte contre les infections, mais sans pour autant garantir d'y échapper tant il y a de facteurs qui entrent en jeu dans la réaction de l'organisme à une infection.
Dans tous les cas, l'efficacité de la vitamine D "pour prévenir un risque de cancer, de maladies cardiovasculaires, ou de telle ou telle pathologie, n'est pas du tout avéré", affirme Mélanie Deschasaux.
"Dans le contexte de la prévention du cancer ou des maladies cardiovasculaires, au moins trois grandes études contrôlées portant sur des dizaines de milliers de personnes âgées de plus de 60 ans, supplémentées en vitamine D pendant 5 ans, n’ont montré aucun effet bénéfique de cette supplémentation", détaille le Service Public d'Information en Santé.
L'essai VITAL a suivi plus de 25.000 personnes âgées de plus de 50 ans (hommes) ou 55 ans (femmes) aux Etats-Unis, pendant une durée médiane de 5,3 ans, avec administration de 2.000 UI de vitamine D par jour (lien archivé ici). Mais ses résultats, publiés en 2018, ont montré que la supplémentation en vitamine D "n'a pas entraîné une incidence plus faible de cancers ou de maladies cardiovasculaires par rapport au placebo", écrivent les auteurs.
En 2022, les résultats d'une étude menée en Australie sur 21.000 personnes de plus de 60 ans dont la moitié ont reçu 60.000 UI de vitamine D par mois pendant 5 ans, ont montré que l'administration de cette vitamine "n'a pas réduit la mortalité toutes causes confondues" (lien archivé ici).
Même conclusion pour cette étude menée en Finlande sur 2.500 personnes âgées de 60 ans et plus (hommes) ou 65 ans et plus (femmes), au cours de laquelle un tiers des participants ont reçu 1.600 UI de vitamine D par jour, un tiers 3.200 UI par jour et un tiers un placebo, pendant 5 ans (lien archivé ici). "De nouveau, aucune différence n’a été observée entre ces groupes, que ce soit en nombre de cancers ou de cas de maladies cardiovasculaires", explique le SPIS.
Aux Etats-Unis, les Instituts nationaux de la santé (National Institutes of Health, NIH) expliquent que le "Food and Nutrition Board" a également conclu que "les preuves étaient inadéquates ou trop contradictoires pour conclure que la vitamine avait un quelconque effet sur une longue liste de résultats de santé potentiels (par exemple, sur la résistance aux maladies chroniques ou les mesures fonctionnelles), sauf pour les mesures liées à la santé osseuse" (lien archivé ici).
De même, après une analyse de données provenant de près de 350 études publiées en 2009 et 2019, l'Agence pour la recherche et la qualité des soins de santé américaine a jugé "qu'aucune relation ne pouvait être fermement établie entre la vitamine D et les résultats de santé autres que la santé osseuse".
Certains internautes affirment également qu'une supplémentation tous les jours de "10.000 à 30.000 UI" pourrait permettre de lutter contre la dépression et lutter contre le suicide (1, 2).
Toutefois, les essais cliniques n'ont pas démontré que la supplémentation en vitamine D aiderait "à prévenir ou à traiter les symptômes dépressifs ou la dépression légère, en particulier chez les adultes d'âge moyen à âgés qui ne prenaient pas d'antidépresseurs sur ordonnance", décrivent les Instituts nationaux de la santé.
"On sait que le soleil a un effet antidépresseur et que le soleil est associé à une synthèse de vitamine D. Mais on ne peut pas dire que c’est la vitamine D qui est responsable de cet effet antidépresseur : c’est un raccourci qui n’a pas encore été démontré", souligne Aymeric Dopter de l'Anses.
Comment améliorer son taux de vitamine D ?
Deux voies permettent de couvrir naturellement les besoins quotidiens en vitamine D : l'exposition au soleil et la consommation d'aliments riches en vitamine D.
Pour l'exposition au soleil, l'Anses recommande de s'exposer au soleil "15 à 20 minutes" par jour, en fin de matinée ou dans l'après-midi.
En termes d'alimentation, les produits les plus intéressants sont les poissons gras, tels que le hareng, les sardines, le saumon et le maquereau ; certains champignons, tels que girolles, cèpes et morilles ; les produits laitiers enrichis en vitamine D ; le jaune d’œuf ; le chocolat noir ; etc.
"Pour assurer à son organisme un apport suffisant, il est conseillé d’équilibrer et de varier son alimentation tout au long de l’année et de consommer deux portions de poissons par semaine dont une portion de poisson gras", conseille l'agence.
Auteur(s)
Chloé RABS / AFP France
Ce fact-check a été également publié par Factuel - AFP : Prendre de la vitamine D tous les jours, utile pour combattre tout un tas de maladies ? Pas vraiment.