Le XVe Congrès de l’Association mondiale de psychanalyse (AMP) a réuni 2600 personnes à la Maison de la Mutualité, à Paris. Durant quatre jours, des psychanalystes, des chercheurs et des étudiants du monde entier ont convergé vers la capitale pour débattre, présenter leur clinique et confronter leurs élaborations théoriques. Cette affluence internationale constitue un démenti majeur à l'argument d'après lequel psychanalyse ne serait qu'une exception française.
Un mouvement résolument mondial
L’Association mondiale de psychanalyse (AMP) regroupe actuellement sept écoles de psychanalyse d’orientation lacanienne réparties sur quatre continents et dont l’École de la Cause freudienne (ECF) fait partie. Fondée en 1992, ce vaste ensemble compte plusieurs milliers de membres actifs, auxquels s’ajoutent des dizaines de groupes affiliés. Cela suffit à contredire la fable d’une psychanalyse en déclin. La psychanalyse d’orientation lacanienne se porte bien : elle se trouve enseignée, pratiquée, discutée et renouvelée bien au-delà des frontières hexagonales. Elle l’est aussi dans des langues, des contextes cliniques et des traditions culturelles diversifiés.
Où la psychanalyse est une affaire de société
Rien ne contredit davantage le mythe d’une exception française en péril que la réalité latino-américaine. Buenos Aires est la ville qui compte le plus grand nombre de psychanalystes par habitant au monde. En Argentine, en Colombie, au Brésil et au Mexique, la psychanalyse est une pratique socialement intégrée, irriguant les débats intellectuels, les politiques de santé mentale, les universités et les hôpitaux publics. Des générations de cliniciens latino-américains ont élaboré, depuis les œuvres de Freud et de Lacan, une pratique analytique nourrie des réalités politiques et subjectives de leur continent.
L’Europe du Sud, la Belgique, le Royaume-Uni, les États-Unis : un ancrage profond et diversifié
En Italie, les psychanalystes entretiennent un dialogue constant avec la philosophie, les arts et la psychiatrie institutionnelle. En Espagne, la pratique analytique s’est développée au carrefour de la tradition freudienne et des spécificités culturelles ibériques. En Belgique, la densité des institutions de formation et de clinique psychanalytique est l’une des plus élevées d’Europe. Au Royaume-Uni, la psychanalyse d’orientation lacanienne entretient un dialogue fécond avec la tradition freudienne et post-kleinienne. Aux États-Unis, malgré l’hégémonie historique du DSM et des thérapies cognitivo-comportementales, des cliniciens et des chercheurs interrogent avec constance la théorie et la clinique psychanalytiques.
Une stratégie rhétorique
L’argument de l’exception française n’est pas une observation neutre, mais une stratégie rhétorique. En présentant la psychanalyse comme un tropisme culturel franco-français, ses opposants essayent de la disqualifier sans avoir à en discuter les fondements cliniques ni les résultats scientifiques. L’argument insinue qu’ailleurs, là où dominent les essais randomisés et les protocoles validés, on aurait depuis longtemps tourné la page. Il s’agit là d’une contre-vérité. Ce qui est proprement français dans l’histoire de la psychanalyse, par contre, c’est l’enseignement dispensé in situ par le docteur Lacan. Son retour à Freud a renouvelé de fond en comble la clinique et la théorie analytiques. Or, une contribution française n’est pas une propriété française : la physique quantique n’est pas une exception danoise parce que Niels Bohr vivait et travaillait à Copenhague.
La psychanalyse, plus vivante que jamais
Au-delà d’un événement scientifique de grande ampleur, un tel congrès constitue un acte politique au sens le plus noble du terme. Réunir à Paris des psychanalystes du monde entier, c’est rappeler que la psychanalyse est une discipline internationale, plurielle, rigoureuse et en constante évolution. À ce titre, elle n’appartient à aucun pays. Ceux qui agitent le spectre de l’exception française surfent sur l’ignorance : la transmission de la psychanalyse est autant une affaire scientifique que de désir. Elle s’implante en des lieux où elle répond à une exigence clinique réelle ainsi qu’à des motifs intellectuels et culturels de première importance