1. Une stabilité des deux principaux partis politiques, mais un recul des soutiens minoritaires du président au profit de l’extrême droite
La vie politique chypriote est historiquement structurée autour de trois partis : le DISI (droite pro-européenne), l'AKEL (communiste, aux liens historiques avec la Russie) et le DIKO (centre, rôle d'arbitre).
Le scrutin récent s'est révélé moins disruptif qu'anticipé : le DISI et l'AKEL maintiennent leurs positions, tandis que le DIKO perd un siège et que l'EDEK social-démocrate disparaît du parlement, affaiblissant ainsi le camp du président Christodoulidis.
La principale leçon du vote reste la percée significative de l'extrême droite.
2. L’extrême droite chypriote double son score sans confirmer les sondages
Le Front populaire national (extrême droite), fondé en 2008 comme antenne d'Aube Dorée, a longtemps été marginal en raison d'un programme structuré autour d'un triptyque radical — refus de tout compromis sur la question chypriote, xénophobie et militarisation de la ligne verte face à l'immigration — qui le tenait à l'écart du consensus politique dominant.
Lors de ce scrutin, le parti a quasiment doublé son score, passant de 6,8 % à 10,9 %, s'imposant comme troisième force politique du pays, un tournant significatif même si la progression reste en deçà des 13 à 15 % annoncés par les sondages.
3. Deux nouveaux partis antisystèmes entrent au parlement
Deux nouveaux partis entrent au parlement : ALMA, mouvement anticorruption porté par le scandale des « passeports dorés », et le parti de la Démocratie Directe, fondé par Fidias Panayiotou, youtubeur proposant à ses abonnés de voter à sa place.
Ces deux formations, en deçà des sondages, traduisent un désenchantement réel envers les élites politiques traditionnelles.
4. La progression de l’extrême droite repose sur une montée en puissance de la question migratoire
La question chypriote — l'occupation du nord par la Turquie depuis 1974 — constitue le socle de toute la vie politique de l'île, mais l'échec des négociations de 2017 a progressivement refermé l'horizon d'une solution négociée.
La montée des flux migratoires via la ligne verte à partir de 2016-2017, imputée par une large partie de la classe politique à une passivité voire une instrumentalisation turque, a normalisé le discours d'ELAM et explique sa progression électorale.
5. Une élection qui confirme l’européisme et le maintien de relations tendues avec la Turquie
La Turquie instrumentalise la progression d'ELAM pour justifier sa propre intransigeance, en présentant ce score comme la preuve d'un rejet chypriote de toute réunification, tout en n'intervenant pas directement dans les élections de la République.
Sur le plan européen, le fort consensus pro-européen de la classe politique chypriote limite l'impact du scrutin sur le positionnement de Chypre au sein de l'UE, dont l'importance géopolitique tient davantage à sa position aux portes du Moyen-Orient — illustrée récemment par des frappes iraniennes sur des bases britanniques de l'île — qu'à son poids électoral.
👉 Téléchargez ou retrouvez l'analyse complète de Vincent Martigny sur la plateforme Conférence .