Mais c'est faux et les déclarations qu'elles attribuent à ces chercheurs sont pour nombre d'entre elles anciennes et sorties de leur contexte. Ces publications s'appuient par ailleurs sur un graphique trompeur pour montrer des erreurs supposées des projections du Giec.
"46 scientifiques du GIEC ont démissionné. La raison ? Parce qu'on ne les écoute pas, parce que leurs opinions divergent du récit dominant !", affirme le 3 mai 2026 l'ancienne figure des "gilets jaunes" publication datée du 3 mai 2026 et partagée près de 500 fois (lien archivé déclarations" d'une douzaine de chercheurs critiquant vivement les rapports du Giec qui concluent au réchauffement climatique, et un graphique montrant soi-disant le fossé entre les projections de ses modèles et les températures réellement observées.

Capture d'écran, réalisée le 21 mai 2026, d'une publication sur Facebook. Croix rouge ajoutée par l'AFP
Ce graphique est relayé constaté. Et ces allégations sont reprises iciet 1, 3), en néerlandais.
Interrogé par l'AFP, le Giec a confirmé qu'il s'agissait d'allégations "climatosceptiques anciennes et récurrentes", et que parmi les noms cités dans les publications virales, "il n'y a aucun [scientifique, NDLR] auteur travaillant actuellement au 7e rapport", ici).
A la date du 19 mai 2026, aucune vague de "démissions" n'avait été rendue publique. Et pour cause: la participation à l'élaboration d'un rapport du Giec est démission" en tant que telle (lien archivé consensus scientifique sur le réchauffement climatique actuel restait donc intact, à savoir que les activités humaines en sont à l'origine.
Citations anciennes
Depuis le début des années 1990, les rapports du Giec rédigés par des centaines de scientifiques constituent la référence des connaissances et projections sur l'évolution du climat de notre planète. Ils comptent des milliers de pages et sont publiés tous les cinq à sept ans. Le dernier en date, le sixième, ici).
Une depuis au moins 2013. Elle avait alors été publiée sur un blog climatosceptique sous le titre : "46 déclarations d'experts du Giec contre le Giec". Ces citations y étaient présentées sans aucune source ni mention d'une quelconque démission.
Si l'on peut retrouver la trace de certaines citations sur internet, et qu'elles semblent authentiques, d'autres sont clairement sorties de leur contexte, ou reposent sur des informations obsolètes.
Par exemple, celle attribuée à la climatologue slovène Les concentrations croissantes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère ne provoquent pas d'élévation de la température mondiale") remonte en réalité à une présentation sur la paléoclimatologie qu'elle avait réalisée il y a vingt ans en Slovénie (lien archivé jamais dit que le CO2 n'est pas la cause du réchauffement actuel" : dans sa présentation, elle évoquait alors plutôt la situation de "la poule et de l'oeuf" il y a des millions d'années, "lorsque la température a augmenté avant que le CO2 ne fasse de même". Elle a en outre confirmé toujours travailler avec le Giec.
La citation attribuée à aucune accélération significative de l'élévation du niveau de la mer au XXe siècle n'a été observée") provient, elle, d'un significativement" (liens archivés ici). Les accélération" de cette hausse, avec 20 cm pris au cours du 20e siècle. Dans son ici).
Autre cas : certains de ces 46 scientifiques se sont présentés par le passé comme "experts examinateurs" des rapports du Giec, ce qui implique davantage un travail d'évaluation des pré-rapports, ou d'une partie des pré-rapports, qu'un travail de rédaction en tant que tel. Comme le Giec l'indique L'objectif de l'évaluation par les experts étant d'obtenir la participation et l'expertise les plus larges possibles, les personnes inscrites sont acceptées sauf si elles ne présentent aucune qualification pertinente" (lien archivé Judith Curry et ici et Chris de Freitas et ici et Washington Post et du média de vérification ici et John R. Christy, un professeur de sciences de l'atmosphère à l'université de l'Alabama, à Huntsville aux Etats-Unis, connu pour ses ici et recherche d'image inversée montre que ce graphique a été à plusieurs reprises experts tels que ici, ici).
A noter que ce graphique n'a été publié dans aucune revue à comité de lecture, qui permet un examen par des pairs scientifiques et garantit une élaboration selon une méthodologie scientifique rigoureuse.
Ce graphique a fait surface lors d'une CMIP-5", et les "observations" à la surface de la Terre figurant sur son graphique, John Christy a recouru à la fois à du "cherry-picking" (utilisation de données ciblées pour donner du crédit à son opinion en passant sous silence des cas qui la contrediraient) et à une "méthodologie hautement contestable", a expliqué à l'AFP le 6 mai 2026 ici).
Sur le graphique, intitulé "Température globale moyenne de l'atmosphère", les valeurs en bleu et vert correspondent à des températures mesurées jusqu'à 50.000 pieds, soit 15 kilomètres, au‑dessus de la surface de la Terre. Ces observations sont ensuite comparées aux ici). Or, les mesures de température atmosphérique ne peuvent pas être directement comparées aux projections des modèles climatiques pour ces températures de surface, explique Michiel Baatsen.
"Mesurer une température moyenne globale en altitude est loin d'être simple : même avec l'aide de satellites, il y a un degré élevé d'incertitude", précise le professeur. "En plus de cela, à une altitude de 15 km, vous observez la basse stratosphère dans beaucoup d'endroits où l'atmosphère se refroidit sous l'influence des gaz à effet de serre, ce qui rend les données particulièrement difficiles à interpréter", souligne-t-il.
Ainsi, "l'analyse des données a été manipulée de manière importante afin d'aboutir à une seule courbe [la rouge, NDLR] qui révèle un écart assez frappant" avec les valeurs en bleu et vert, ajoute le chercheur.

Capture d'écran, réalisée le 22 mai 2026, du graphique de John Christy relayé sur les réseaux sociaux
En 2016 déjà, dans un billet de blog critiquant plusieurs graphiques de John Christy, dont celui aujourd'hui viral, Gavin Schmidt, de la Nasa, avait trompeur" et avait été construit "de manière à vous conduire à une seule conclusion" : que les modélisations climatiques seraient erronées (lien archivé problématiques", en particulier le choix d'utiliser uniquement la moyenne des projections du modèle CMIP-5 du Giec, matérialisée sous la forme de la courbe rouge, plutôt que l'amplitude des scénarios du modèle - représentée par la zone grisée dans le graphique retravaillé par Gavin Schmidt ci-dessous.
John Christy a en outre utilisé un "lissage incohérent". Le lissage de données permet de les répartir de manière plus régulière sur une période définie, pour réduire leur variabilité à court terme. Sur son graphique, John Christy a lissé les données observées avec une moyenne sur cinq ans, mais sur la fin de la série d'observations, il a considéré que la moyenne des deux dernières années serait la même que celle des trois premières années. Or, "dans une situation où la tendance est marquée [comme c'est le cas dans la période de réchauffement accéléré actuel, NDLR], il est peu probable que ce soit le cas", remarquait Gavin Schmidt. Un "choix" qui "accentue également légèrement l'écart" entre le modèle et les observations.
Gavin Schmidt a retravaillé les données en appliquant un lissage cohérent et en ajoutant des données sur la dispersion des modèles (la tendance qu'ont les valeurs à se concentrer ou s'éloigner de la valeur moyenne), ce qui aboutit à un graphique tout à fait différent, où les projections correspondent tendanciellement aux observations, comme on peut le voir ci-dessous :

Capture d'écran, prise le 13 mai 2026, du graphique de John Christy retravaillé en 2016 par Gavin Schmidt
D'autres scientifiques ont également exposé leurs critiques, à lire notamment ici).
Des internautes et scientifiques climatosceptiques utilisent régulièrement des graphiques faux ou trompeurs pour nier la réalité du réchauffement climatique. L'AFP a par exemple déjà vérifié cet en phase avec les observations, montrant une hausse globale des températures, qui accélère.

Anomalies de températures moyennes par région du monde sur 10 ans, par rapport à la moyenne de 1990-2020, selon les données du Copernicus Climate Change Service (C3S) et du modèle de prévision météorologique européen ECMWF
Sophie RAMIS Luca MATTEUCCI / AFP
Une sont devenus peu plausibles", mais que si le pire a été écarté, le meilleur l'a aussi été : le nouveau scénario le plus optimiste prévoit une hausse moyenne des températures d'au moins 1,7°C, voire 1,8°C, d'ici 2100 par rapport aux niveaux préindustriels (1850-1900), avant un retour éventuel à 1,5°C (lien archivé interprétation Detlef Van Vuuren, chercheur à l'agence néerlandaise d'évaluation environnementale PBL (liens archivés ici et ici.