Le 29 avril 2026, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Rhône et la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) ont été ici).
Le tribunal judiciaire de Lyon atteinte à la vie privée" et une "discrimination en raison de l'identité de genre" (lien archivé commentaires en ligne : plusieurs internautes ont notamment exprimé sur X leur indignation face au remboursement de soins médicaux liés à une transition, actes médicaux de confort"Un homme qui transitionne pour devenir une femme, c’est au minimum 100 000 €. comme une épilation définitive… Une femme qui transitionne pour devenir un homme, c’est environ 40 000 €", affirme l'un d'eux dans une de l'idéologie de certains qui nous gouvernent".
"Une transition complète c'est 100.000€, entièrement remboursée par le contribuable !", peut-on aussi lire dans une Surligneurs en 2024, s'agissant notamment du remboursement par la Sécurité sociale (liens archivés 2, Haute Autorité de Santé (HAS ; lien archivé transition complète" ne renvoie à aucune définition reconnue : il n'existe pas une transition de genre, mais une pluralité de parcours qui n'impliquent pas tous un suivi médical, et encore moins un protocole de soins standard incluant systématiquement une intervention chirurgicale. Une transition peut ainsi se limiter à des démarches sociales, juridiques ou administratives.
Des parcours de transition différents
Les adultes trans en France, rappellent qu'il "n'existe pas de 'parcours type' de transition" (lien archivé marqués par des priorités individuelles" pour chaque personne et que le parcours de soins "ne se superpose que partiellement" au parcours de transition (capture d'écran ci-dessous).

Capture d'écran, prise le 1er juin 2026, de la recommandation "Transidentité : prise en charge de l’adulte" publiée par la Haute Autorité de Santé.
"Il y a autant de parcours de transition qu'il y a de personnes trans", résume auprès de l'AFP Toutes des Femmes (liens archivés ici).
"Une femme trans ne va pas forcément faire de vaginoplastie [qui consiste à créer des parties génitales féminines, NDLR], ne va pas forcément faire d'opération de la poitrine, ne va pas forcément prendre tel traitement hormonal. Pareil pour les hommes trans", ajoute-t-elle.
Certaines personnes trans n'engagent aucun parcours médical, leur transition passant par exemple par un changement de prénom, l'utilisation de nouveaux pronoms ou encore une modification de l'état civil.
Cette diversité des parcours rend impossible de définir un coût unique applicable à l'ensemble des personnes concernées.
OUTrans, interrogée par l'AFP, regrette une "vision caricaturale des transitions" (liens archivés ici). "Les personnes ne sont pas obligées de faire des actes médicaux pour être dans leur genre", oppose-t-elle à l'idée qu'une transition "complète" est l'addition systématique de tous les actes possibles.
Dans le cas où une personne trans décide effectivement d'engager un parcours médical, le fait de recourir à une ou plusieurs chirurgies d'affirmation de genre est une possibilité parmi d'autres. Mais elle ne constitue en aucun cas une étape systématique.
Les données disponibles montrent par ailleurs que les actes chirurgicaux, notamment génitaux (vaginoplastie, phalloplastie [qui permet la création d'un pénis, NDLR], etc.), concernent une minorité des personnes engagées dans un parcours médical.
Une minorité d'actes chirurgicaux
Il n'existe pas de recensement officiel des personnes trans en France. Les données disponibles proviennent principalement de l'Assurance maladie, des établissements hospitaliers ou de travaux de recherche ponctuels.
Selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé, 22.550 personnes bénéficiaient d'une affection longue durée (ALD) pour "transidentité" en 2023 (capture d'écran ci-dessous). Ce chiffre ne couvre toutefois qu'une partie de la population concernée, toutes les personnes trans ne sollicitant pas une telle prise en charge.

Capture d'écran, prise le 2 juin 2026, de la recommandation "Transidentité : prise en charge de l’adulte" publiée par la Haute Autorité de Santé.
Les données disponibles sur les chirurgies sont elles aussi partielles. Dans une chirurgies masculinisantes" - sans préciser lesquelles - réalisées en France en 2022 (lien archivé Scansanté (ATIH), et reposent sur les actes hospitaliers codés dans la ici et au micro de France Culture, le nombre d'opérations "génitales" annuelles en France "aux alentours de 300 à 400" (lien archivé transition complète".
Selon Anaïs Perrin-Prevelle, les traitements les plus couramment prescrits représentent généralement "autour de 10 euros par mois", qu'il s'agisse de testostérone dans le cadre d'une hormonothérapie masculinisante ou d'œstrogènes dans le cadre d'une hormonothérapie féminisante.

Capture d'écran, prise le 3 juin 2026, du rapport relatif à la santé et aux parcours de soins des personnes trans publié par l'IGAS.
Reste à savoir dans quelle mesure ces différents soins, lorsqu'ils sont en effet engagés, peuvent être pris en charge par l'Assurance maladie.
Un remboursement possible mais rare
Les soins engagés dans le cadre d'une transition médicale ne relèvent pas d'un régime de remboursement spécifique. Comme pour tout assuré, leur prise en charge dépend de la nature des actes réalisés et des règles applicables par l'Assurance maladie.
"Dans le cadre des parcours de changement d’identité sexuelle, les interventions chirurgicales mammaires et/ou pelviennes sont prises en charge par l'assurance maladie", a indiqué la Caisse nationale d'Assurance maladie dans un mail à l'AFP le 11 mai 2026.
Les traitements hormonaux peuvent également être remboursés sur prescription médicale.
Les personnes trans peuvent par ailleurs solliciter une prise en charge au titre d'une hors liste" (ALD 31), qui permet notamment de bénéficier du tiers payant et d'une exonération du ici et Maud Royer, autrice et militante transféministe, "l'ALD fait que l'intégralité est prise en charge par l'Assurance maladie [...] mais c'est 100% de la base de remboursement" (lien archivé Il y a plein de personnes trans qui sont sans ALD et qui n'ont pas besoin d'ALD".
Compte tenu de ces éléments, l'affirmation selon laquelle une transition de genre serait "entièrement remboursée par le contribuable" apparaît donc très réductrice.
Le scénario dans lequel l'ensemble des soins engagés dans le cadre d'une transition de genre est pris en charge par l'Assurance maladie existe. Mais cette situation ne saurait être généralisée à l'ensemble des parcours.
En pratique, le remboursement des soins dépend de nombreux paramètres : nature de l'acte réalisé, secteur d'exercice du praticien, éventuels dépassements d'honoraires, obtention ou non d'une ALD, ou encore couverture complémentaire du patient. Autant d'éléments qui peuvent faire varier considérablement le reste à charge d'une personne à l'autre.
Surtout, certaines formulations relayées sur les réseaux sociaux tendent à occulter une autre réalité régulièrement soulignée par les institutions publiques, les professionnels de santé et les associations : pour de nombreuses personnes trans, la principale difficulté n'est pas tant d'obtenir le remboursement des soins que d'y accéder.
Accès limité aux soins
Dans son rapport, l'IGAS relevait que "l'accès à la chirurgie d'affirmation se développe sur le territoire national, mais reste difficile, avec des délais qui se comptent en années (de 2 à 5 ans), du fait d'une offre de soins trop limitée et mal répartie géographiquement".
L'institution souligne également qu'"un petit nombre d'équipes (à Lyon, Paris, Bordeaux) concentrent une part prépondérante de l'activité en chirurgie pelvienne".

Capture d'écran, prise le 3 juin 2026, du rapport relatif à la santé et aux parcours de soins des personnes trans publié par l'IGAS.
Ces constats sont corroborés par des professionnels de santé. Sur le site de en permanence 500 à 550 personnes sur liste d'attente, toutes interventions confondues" (lien archivé Pour une vaginoplastie ou une phalloplastie, aujourd'hui le délai d'attente est de trois à cinq ans", précise-t-il.
Ces délais conduisent de nombreuses personnes à se tourner vers le secteur privé. "Aujourd'hui, vous avez 4 à 5 ans d'attente pour faire une chirurgie dans le public. Donc les patients trans passent pour une très grande majorité via des parcours privés, c'est-à-dire payent elles-mêmes", explique Maud Royer.
Malgré l'existence d'une "trentaine de chirurgiens et d'une douzaine de centres" pratiquant ces interventions en France, selon l'hôpital Lyon Sud, l'offre demeure insuffisante pour répondre à la hausse des demandes.

Capture d'écran, prise le 3 juin 2026, de la recommandation "Transidentité : prise en charge de l’adulte" publiée par la Haute Autorité de Santé.
Les difficultés d'accès aux soins ne concernent d'ailleurs pas uniquement les interventions chirurgicales. "Le choix d'un médecin, de base, est très difficile", explique Niléane Dorffer. "Il y a énormément de personnes trans qui renoncent aux soins pour cette raison, parce qu'elles ne trouvent pas de médecins qui acceptent de les suivre, même quand il n'y a rien à voir avec la transition", constate la présidente de Toutes des Femmes.
Pour Planning familial, les personnes trans subissent "une double peine", en tant que public ayant "du mal à avoir accès à la santé commune et aux soins spécifiques" liés à la transidentité (liens archivés ici).
Ces obstacles peuvent conduire certaines personnes à interrompre ou abandonner leurs démarches. "On a des publics qui ont du mal à avoir accès, qui ne se sentent pas forcément légitimes à avoir cet accompagnement, qui vont abandonner des parcours de soins", observe Gabrielle Tessier, membre du bureau confédéral du Planning familial.
"Les personnes trans sont plus concernées par du renoncement aux soins que par du remboursement aux soins", résume Niléane Dorffer.
La HAS rappelle dans ses recommandations que "l'accès aux soins de transition ne constitue pas un 'confort' mais un enjeu vital en termes de bien-être, d'image de soi, de vie personnelle, de santé globale et aussi de vie sociale".