Les lycéens français sont mobilisés depuis la rentrée 2026 pour demander notamment plus de moyens pour l'Éducation nationale (remplacements des enseignants, rénovation des établissements...). Différentes actions de protestation ont donné lieu à des incidents et à des violences dans plusieurs villes, dont des images sont largement relayées sur les réseaux sociaux. Mais pour autant attention, plusieurs vidéos, surtout virales à l'étranger, sont décontextualisées. Un bus en feu, une voiture retournée ou encore des adolescents sautant sur une voiture : voici les vidéos anciennes et sans rapport avec les manifestations actuelles qui circulent actuellement.
La mobilisation lycéenne a débuté le 18 septembre 2026 , après un premier un blocage du lycée Saint-Exupéry de Créteil, en banlieue parisienne, avant de s'étendre progressivement à plusieurs centaines d'établissements dans toutes la France (lien archivé ici ).
Parmi les 3.700 lycées du pays, jusqu'à 800 établissement ont été perturbés début octobre, selon le ministère de l'Education.
Certaines manifestations ont été marquées par des violences : des dégradations, des jets de projectiles et des affrontements avec les forces de l'ordre. Au 7 octobre 2026, le ministère de l'Intérieur recensait plus de 6.500 interpellations , en grande majorité de mineurs, et plus de 200 élèves blessés (lien archivé ici ).
La réponse policière est également pointée du doigt, après plusieurs blessures graves de lycéens. Un lycéen de 15 ans a notamment eu une main arrachée à Lens et un adolescent de 16 ans a été éborgné à Tours (lien archivé ici ).
Dix-huit enquêtes ont été ouvertes par l'inspection générale de la police nationale (IGPN) depuis le début de la mobilisation (lien archivé ici).
Plus de 700 blessés ont également été recensés parmi les forces de l'ordre, et près d'une centaine chez les personnels de l'éducation.
Un "giveaway" à New York en 2023
" La France insoumise affirme que les lycéens et collégiens réclament plus de professeurs - Ils nous prennent pour des cons ! ", s'exclame un internaute dans une publication repostée plus de 700 fois, partageant une vidéo montrant un homme juché sur le toit d'une voiture, au milieu d'une foule.

Capture d’écran prise sur X le 7 octobre 2026. Croix rouge ajoutée par l’AFP.
Pourtant, ces images n'ont rien à voir : elles ont été tournées à New York le 4 août 2023, lors d'un rassemblement initialement organisé par le streamer américain Kai Cenat.
Une recherche d'images inversée à partir de captures d'écran extraites de la vidéo a en effet permis de retrouver des occurrences antérieures.
Des photographies et des vidéos montrant le même événement ont notamment été publiées en ligne dès le 4 août 2023, autant par la presse que par des internautes sur les réseaux sociaux (liens archivés ici et ici ).
L'agence de presse américaine Associated Press (AP) a par exemple publié une série de photos prises ce jour-là à New York. Les photos 7 et 14 de la série sont décrites en légende comme montrant " une personne sautant sur le toit d'une voiture ", tandis qu'une foule de " plusieurs milliers de personnes " est rassemblée dans la rue, sur Broadway, près d'Union Square . Les deux photographies sont datées du vendredi 4 août 2023 (lien archivé ici ).

Captures d’écran prises le 7 octobre 2026 d’une série de photographies publiées le 4 août 2023 par l’Associated Press (AP).
On retrouve sur ces photographies les mêmes éléments que dans la vidéo que nous examinons : la voiture, l'homme qui se trouve sur son toit et la foule environnante. Surtout, la légende de la photo 14 précise qu'elle a été prise à partir d'une vidéo. L'AFP avait elle aussi documenté les faits à l'époque : des photographies prises lors du rassemblement à Union Square, datées du 4 août 2023, confirment la date et le lieu des images issues de la vidéo.

Des personnes sautent sur une voiture lors de scènes d'émeutes survenues à Union Square, à New York, le 4 août 2023, après un événement organisé par le streamer américain Kai Cenat.
Yuki IWAMURA / AFP
Plusieurs médias ont rapporté qu' une foule s'était rassemblée dans ce même quartier de Manhattan pour participer à un "giveaway" , une distribution de cadeaux, organisé par le streamer américain Kai Cenat, qui avait notamment promis dans une annonce postée sur les réseaux sociaux d'offrir des consoles de jeux et d'autres équipements électroniques (liens archivés 1 , 2 , 3 ).
Le rassemblement avait ensuite dégénéré : des participants étaient montés sur des véhicules, certains sur des voitures en mouvement, tandis que des affrontements et des dégradations avaient lieu dans les rues autour d'Union Square. La police de New York avait procédé à 65 arrestations, dont 30 mineurs, selon les autorités citées dans les articles (liens archivés ici et ici ).
Trois ans plus tard, sous certaines publications qui relaient aujourd'hui la vidéo sans son contexte, des internautes signalent eux-mêmes qu'il s'agit d'images anciennes recyclées : via des notes de la communauté ou dans les commentaires, des utilisateurs dénoncent une " fake news " et renvoient au rassemblement d'août 2023.
Un bus en feu à Nîmes en 2023" Encore de belles images de notre France, bus en feu, plusieurs lycées en proie par les flammes, piage [sic] de magasin à Orléans, mais c'est légitime pour la LFI [sic]", affirme l'internaute " France.Bleu.Blanc.Rouge " sur TikTok dans une vidéo partagée une cinquantaine de fois, où l'on voit notamment un bus en feu dévalant une route.
Cette vidéo a également été largement partagée à l'étranger, notamment aux Pays-Bas et aux Etats-Unis.
"Le NOS (service public indépendant de radiodiffusion néerlandais, NDLR) ne veut pas que nous voyions ce genre d'images en provenance de France ", a écrit un utilisateur sur X le 2 octobre 2026, plusieurs jours après le début des manifestations. La publication, rédigée en néerlandais, a été partagée plus de 6.500 fois et "aimée" plus de 18.000 fois.
"La France se bat pour sa survie et est officiellement entrée dans une guerre civile qui dépassera bientôt la Révolution française", affirme Alex Jones, fondateur du site conspirationniste InfoWars et l'un des plus célèbres pourvoyeurs de théories du complot aux Etats-Unis, dans une publication repartagée près de 1.500 fois et "aimée" plus de 4.000. "Des policiers sont lynchés dans les rues et pendus à des poteaux lumineux ! Tout Blanc qui ose montrer son visage dans la rue est violemment attaqué !" , a-t-il également écrit.

Captures d’écran de publications trompeuses sur Facebook et X. Prises le 06/10/26. Croix rouge ajoutée par l’AFP.
Cette même vidéo a également été très partagée au Canada, ainsi que dans des posts en grec . Si nous avons identifié quelques reprises de cette vidéo associée aux manifestations lycéennes en français, les publications sont beaucoup moins virales ( 1 , 2 , 3 ) et atteignent 300 partages au maximum. De plus, certains internautes français ( 1 , 2 ) soulignaient en commentaire que cette vidéo datait en réalité de 2023.
Une recherche d'image inversée à partir de captures d'écran de la vidéo a effectivement permis de retrouver plusieurs articles de presse datant de janvier 2023 faisant état d'un incident survenu à Nîmes dans le département du Gard, le 13 janvier 2023 (archives disponibles ici et ici ).
Selon ces articles, un bus scolaire a pris feu après un court-circuit du moteur du véhicule. Le bus a renversé un feu de circulation et une barrière en dévalant la route, avant de finir sa course contre un mur. Une dizaine d'élèves a été évacuée du bus avant que le feu ne se propage, et aucun blessé n'a été signalé.

Capture d’écran d’un article sur les sites d’actualité locale Sud Info et Midi Libre avec des détails sur l’accident. Prise le 6/10/26.
Un journaliste du média Le Moniteur a également raconté à Midi Libre avoir assisté à l'événement. Le média local a également publié des images du même incident, prises sous un autre angle, sur son site d'information (archive disponible ici ). La version la plus ancienne que l'AFP a pu retrouver a été publiée le 13 janvier sur X par le journal Objectif Sud, qui indique que la vidéo a été enregistrée et envoyée par une "lectrice fidèle" .
Selon cette publication sur X de la Police nationale du Gard, l'incendie s'est déclaré à l'intersection de la Route de Sauve et du Chemin de Valdegour à Nîmes. "Aucun blessé [...] Tous les enfants ont été évacués et mis en sécurité" , avaient précisé les autorités.
Les images de cette intersection sur Google Street View correspondent également au lieu filmé dans la vidéo. La chaussée a été reconstruite après l'incident, comme le montrent les images de Google Maps, mais les mêmes arbres (un grand arbre et un cyprès) sont toujours visibles. L'emplacement de l'armoire électrique est également identique, selon les images de Google Street View.

Capture d’écran de l’emplacement sur Google Maps (à gauche) et captures d’écran de la vidéo virale (à droite). Prises le 6/10/26. Encadrés de couleur ajoutés par l’AFP.
D'autres images de l'événement montrent aussi le même mur en pierre contre lequel le bus a fini par s'écraser, visible dans la vidéo que nous examinons.

Capture d’écran de l’emplacement sur Google Maps (à gauche) et capture d’écran issue d'un média local montrant un angle différent (à droite). Prises le 06/10/26. Encadrés de couleur ajoutés par l’AFP.
Si les images virales de ce bus en feu ne sont pas liées aux manifestations d'élèves en France cette année, un incident similaire a été rapporté par France 3 à Marseille, où un bus a été incendié le 1er octobre 2026. Selon la compagnie de bus locale, quatre véhicules ont été endommagés lors des troubles et un conducteur a également été agressé (archives disponibles ici et ici ).
Une manifestation kurde en 2022
Des internautes ont également partagé une vidéo, censée montrer une rue dévastée et des véhicules retournés à Paris à la suite des manifestations lycéennes.
"Les images d'émeutes en France sont un drame pour tous les acteurs du tourisme. Certains voyageurs annulent leurs périples en France", affirme un internaute basé en Belgique dans une publication publiée le dimanche 4 octobre. On y voit une voiture retournée sur son toit au milieu d'une rue jonchée de décombres et un autre véhicule incendié, suivi d'images de manifestants au visage dissimulé dégradant un arrêt de bus.
"Des manifestations scolaires aux incendies dans les rues... La France est en feu !", affirme un autre en arabe dans une publication sur Facebook "aimée" plus de 2.900 fois.

Captures d'écran réalisées sur Facebook et Instagram, le 07/10/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.
Des publications similaires ont cumulé des milliers de "J'aime" et de partages en plusieurs langues à travers les réseaux sociaux, notamment en espagnol ou en croate . Une recherche d'image inversée permet toutefois de constater que cette vidéo a été mise en ligne bien avant octobre 2026 : elle a en réalité été publiée le 24 décembre 2022 sur X par le journaliste Rémy Buisine (lien archivé ici ).

Capture d'écran réalisée sur X, le 07/10/2026. Encadré de couleur ajouté par l'AFP.
La légende de la publication, qui fait état d' "affrontement en cours" à Paris, ne précise pas le contexte - mais une recherche par mots-clés permet de retrouver un article de l'AFP publié dans le journal La Montagne daté du même jour, accompagné d'une photo de la même scène (lien archivé ici ).

Un homme récupère des affaires dans sa voiture, dégradée lors d'affrontements survenus à la suite d'une manifestation au lendemain d'une fusillade perpétrée par un homme armé dans un centre culturel kurde qui a fait trois morts, sur la place de la République à Paris, le 24 décembre 2022.
JULIEN DE ROSA / AFP
Il s'agissait en réalité de dégradations commises en marge d'une manifestation en hommage à trois Kurdes tués la veille devant un centre culturel kurde, par un septuagénaire motivé par une idéologie raciste (lien archivé ici ).
Des heurts étaient survenus en marge du cortège : quatre voitures avaient été renversées et des poubelles incendiées, avait déclaré le préfet de Paris, conduisant à 11 interpellations.
Ce n'est pas la première fois que cette vidéo est utilisée hors de son contexte pour promouvoir de fausses informations : en juin 2026, l'AFP avait déjà vérifié des publications d'internautes - dont le média prorusse RT - affirmant, à tort, que les images provenaient " d'émeutes " dans Paris suivant la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions (lien archivé ici ).
L'AFP avait également consacré un article de vérification en arabe à cette vidéo réutilisée en janvier 2026 à l'occasion d'une autre manifestation de la communauté kurde.
Véhicule blindé et retraits de casquesUne vidéo tournée devant un lycée à Gien, dans le Centre-Val de Loire, a également été massivement partagée sur les réseaux sociaux à compter du 1er octobre. On y voit un véhicule blindé passer à vive allure devant un établissement bloqué par des lycéens, accompagné de la légende " Sa a ramener le tank [sic]". Celle-ci a été vue plus de deux millions de fois et a cumulé plus de 385.000 vues sur TikTok (lien archivé ici ).

Captures d'écran réalisée sur TikTok, le 07/10/2026.
Des utilisateurs du réseau social se sont indignés dans les commentaires de la publication, indiquant que l'Etat serait en train d'" utiliser un tank contre sa propre population ". Mais il n'en est rien, comme l'a démontré la rédaction de France 24 dans un article de vérification : il s'agissait en réalité d'un simple retour d'un véhicule de transport de troupes dans une caserne située non loin de l'établissement scolaire (lien archivé ici ).
L'information a été confirmée par le ministère des Armées, qui a indiqué à France 24 qu'il s'agissait de " mouvements routiniers sans aucun rapport avec l'actualité lycéenne ".
Une , publiée sur Instagram le 5 octobre et comptant plus de 2.300 "J'aime", est présentée à tort comme ayant été tournée durant la mobilisation des lycéens.
Celle-ci montre des gendarmes marchant aux côtés de manifestants, de nuit, dans le calme, certains gendarmes ayant ôté leur casque. " La publication affirme que des policiers auraient décidé de quitter leurs fonctions pour rejoindre le mouvement de contestation ", écrit le propriétaire du compte, qui précise que leur " statut exact et l’existence éventuelle de démissions ne sont pas établis de manière indépendante".
La vidéo est reprise par de nombreux comptes , en , en et en , accompagnée de légendes selon lesquelles elle montrerait des " défections en masse" de policiers en train de " rejoindre les manifestants" .

Captures d'écran réalisées sur X, Instagram et Facebook, le 07/10/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.
La vidéo est reprise par de nombreux comptes en anglais , en arabe , en espagnol et en portugais , accompagnée de légendes selon lesquelles elle montrerait des " défections en masse" de policiers en train de " rejoindre les manifestants" .
Mais là aussi, une recherche d'image inversée permet de retrouver d'anciennes publications partageant la même vidéo - et le même message trompeur - des années auparavant. Plusieurs médias, parmi lesquels CheckNews , y avaient à l'époque consacré des articles de vérification : il s'agissait en réalité de policiers accompagnant des manifestants hors d'une nasse, en marge d'une manifestation contre la réforme des retraites, en 2023, sans que le retrait de leur casque ne témoigne d'une quelconque marque de solidarité envers les participants (lien archivé ici ).
Enfin, le préfet de police de Paris Patrice Faure a dû démentir le 7 octobre auprès de l'AFP avoir tenu des propos incendiaires qui lui sont prêtés sur les réseaux sociaux via des vidéos.
Plusieurs vidéos ont été postées au moins depuis le 5 octobre sur le réseau social TikTok, accompagnées d'une photo du préfet et de citations qui lui sont prêtées : " Nous invitons tous les lycéens à rentrer immédiatement chez leurs parents. Sinon, nous tirerons à nouveau sans distinction. Et il risque d'y avoir encore plus d'amputations !", a-t-il indiqué, ajoutant " avoir saisi la justice ".
" Je démens catégoriquement les propos qui me sont attribués dans cette vidéo. Je ne les ai jamais tenus ", a assuré Patrice Faure dans un message transmis à l'AFP par la préfecture de police de Paris.
Les images décontextualisées ou modifiées par IA circulent fréquemment lors de mouvements sociaux, l'AFP Factuel y a consacré de nombreux articles comme ici , ici et ici .