La salle de presse 5 questions au Dr François-Xavier Danlos sur les vaccins thérapeutiques contre le cancer

5 questions au Dr François-Xavier Danlos sur les vaccins thérapeutiques contre le cancer

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Gustave Roussy

Gustave Roussy

Les vaccins thérapeutiques contre le cancer connaissent des avancées importantes dans leur développement clinique. Le congrès de l’ESMO, qui se tient à partir du 23 octobre, sera l’occasion d’obtenir de nouvelles données concernant un vaccin thérapeutique contre le mélanome. Mais des différences importantes distinguent les vaccins traditionnellement employés pour prévenir l’apparition de maladies des vaccins thérapeutiques contre le cancer. Le point avec le Dr François-Xavier Danlos, oncologue médical au sein du département de l’Innovation thérapeutique et des essais précoces de Gustave Roussy, spécialiste du développement d’immunothérapies.

5 questions au Dr François-Xavier Danlos sur les vaccins thérapeutiques contre le cancer
Dr François-Xavier Danlos - Gustave Roussy
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Cet été, un vaccin thérapeutique contre le mélanome a connu un fort retentissement. Pourquoi ?

Dr François-Xavier Danlos : L’annonce de premiers résultats positifs concernant ce vaccin constitue en effet une avancée importante pour les patients et la recherche en oncologie, et ceci pour plusieurs raisons. Ce sont des données relatives à un essai de phase III, c’est-à-dire la dernière étape d’évaluation clinique d’un nouveau traitement, avant sa commercialisation. Cela en fait l’étude la plus aboutie sur la thématique des vaccins thérapeutiques contre le cancer, un champ de recherche fondamentale et clinique en développement depuis plusieurs décennies. Ces résultats positifs, qui concernent des patients atteints d’un mélanome, apportent donc une pierre importante à l’édifice. Ils plaident en faveur de cette approche thérapeutique et pourraient inciter à son développement dans d'autres types de tumeurs. Il est cependant primordial de rappeler une chose : les vaccins thérapeutiques contre le cancer ne visent pas à empêcher l’apparition de la maladie. Ce sont des traitements prescrits à des personnes déjà malades. L’objectif est d’éduquer leur système immunitaire pour qu’il reconnaisse mieux les cellules cancéreuses, et donc qu’il les attaque plus efficacement. Dans l’étude en question, il s’agissait d’éliminer d’éventuelles cellules cancéreuses toujours présentes après la chirurgie, tout en induisant une mémoire immunitaire capable de combattre une éventuelle récidive. Les résultats détaillés de l’étude seront présentés en session présidentielle au congrès de l’ESMO.

Concrètement, comment ce vaccin peut-il « éduquer » notre système immunitaire ?

Dr François-Xavier Danlos : Le vaccin qui a été évalué repose sur la technologie de l’ARN messager. Il va apprendre aux lymphocytes du patient, des cellules de son système immunitaire, à être plus efficaces contre les cellules cancéreuses. Cela nécessite d’identifier en amont des néoantigènes - des protéines exprimées par les cellules cancéreuses - dont la présence permet au système immunitaire de se mettre en ordre de marche. L’ARN messager correspond à la « recette » nécessaire pour fabriquer ces néoantigènes. Une fois le vaccin injecté au patient, son organisme va se mettre à produire ces protéines d’intérêt. Cela entraîne une réponse immunitaire en stimulant les lymphocytes T du patient qui sont spécifiques de ces néo-antigènes vaccinaux. Quand le système immunitaire va à nouveau rencontrer ces néoantigènes sur des cellules cancéreuses, il sait déjà qu’il faut passer à l’attaque. Les lymphocytes du patient sont alors beaucoup plus efficaces contre le cancer. Une autre spécificité de ce vaccin est qu’il est personnalisé. Pour chaque patient, on identifie la liste des protéines les plus à même de déclencher une forte réponse immunitaire, afin de développer le vaccin le plus adapté à son cancer.

En oncologie, est-il toujours nécessaire de créer un nouveau vaccin pour chaque patient ?

Dr François-Xavier Danlos : Non, d’autres stratégies vaccinales sont à l’étude. Les nouvelles technologies de séquençage permettent aujourd’hui d’identifier rapidement quelles mutations sont susceptibles d’être reconnues par le système immunitaire, et pouvant donc faire l’objet d’un vaccin thérapeutique. Il est ainsi possible d'identifier des mutations partagées par un même groupe de patients. C’est notamment le cas de certaines mutations de la protéine KRAS, que l’on retrouve dans plusieurs cancers, dont certaines tumeurs du pancréas. Des vaccins à ARN messager ciblant ces protéines mutées sont en cours d’évaluation. Contrairement aux vaccins personnalisés, qui doivent être conçus spécifiquement pour chaque patient, ces approches pourraient bénéficier à un plus grand nombre de malades et être développées plus rapidement.

D’autres technologies vaccinales que l’ARN messager sont-elles à l’étude ?

Dr François-Xavier Danlos : Oui, bien sûr. L’ARN messager n’est que l’une des nombreuses technologies vaccinales évaluées en cancérologie. Parmi elles, les vaccins peptidiques font l’objet de recherches depuis plusieurs années. Ils reposent sur l’injection de petits fragments de protéines, appelés peptides, que le système immunitaire peut apprendre à reconnaître. L’objectif reste le même : entraîner les lymphocytes à identifier plus efficacement les cellules cancéreuses et à les éliminer. Le vaccin Tedopi, évalué à Gustave Roussy dans le cadre d’essais cliniques centrés sur les cancers du poumon et les cancers de l’ovaire, repose sur cette technologie. Ce vaccin n’est pas personnalisé : il cible plusieurs protéines partagées par un même groupe de patients. Il existe aussi des études sur des vaccins à cellules dendritiques, des vaccins utilisant directement la tumeur, des vaccins à vecteurs viraux… Ces travaux illustrent la diversité des stratégies vaccinales explorées aujourd’hui pour mobiliser le système immunitaire contre le cancer.

Des vaccins pour prévenir le cancer, c’est de la science-fiction ?

Dr François-Xavier Danlos : Imaginer un vaccin universel qui nous protégerait de tous les cancers reste aujourd’hui une utopie. Cependant, des vaccins préventifs existent déjà pour certains types de cancer. Le vaccin contre l’hépatite B permet de prévenir le risque de certains cancers du foie. Un autre vaccin a déjà largement démontré son efficacité : le vaccin contre les papillomavirus humains (HPV). Sur le long terme, la contamination aux papillomavirus humains, qui intervient généralement lors des premiers rapports sexuels, peut engendrer certains types de cancers. Près de 100 % des cancers du col de l’utérus sont imputables à une infection à HPV. Ces virus sont également responsables de cancers situés dans la sphère ORL, principalement au niveau de la gorge, mais aussi de cancers du vagin, de la vulve, de l’anus et de la verge. Vacciner les adolescents, garçons comme filles, est un enjeu majeur de santé publique.
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