- On observe une reprise des investissements industriels, avec une hausse de 32 % en valeur à l’échelle mondiale, à hauteur de 1 800 milliards de dollars, portée par de grands projets de data centers.
- Au niveau régional, les cartes sont largement rebattues. Les États-Unis présentent une majorité écrasante des investissements, en particulier dans les data centers, la pharmacie et l’électronique, tandis que ses autres secteurs demeurent relativement stables. La Chine, dont les investissements chutent de 37% en un an, les redirige vers l’extérieur.
- La France est la 4ème destination mondiale des investissements industriels sur la période 2021-2025 (139 milliards de dollars). Dans le même temps, elle a consacré 166 milliards à des investissements à l’étranger (soit 78% des investissements qu’elle réalise elle-même, le restant formant les investissements domestiques).
- En matière de « puissance et souveraineté économique »[2], les États-Unis se positionnent en tête des pays étudiés, devant l’Union Européenne (tirée par les très bons scores de la France), la Chine et l’Inde. Toutefois, ce classement est marqué par une répartition très hétérogène des investissements : les Etats-Unis, la Chine et l’Inde bénéficient d’une forte part d’investissements domestiques, là où la puissance économique de l’Europe est tirée par les investissements envoyés vers l’extérieur.
« L’étude de 2025 appuie une tendance majeure : celle d’une redistribution géographique des cartes en matière d’investissements industriels. Les États-Unis se posent en leader incontesté, même si plusieurs fragilités intrinsèques, comme une concentration des quelques secteurs vers lesquels sont fléchés ces investissements, pourraient indiquer un plafond et remettre en cause cette hégémonie à l’aune d’un tournement de cycle. La Chine, en revanche, impactée par des facteurs douaniers, voit la part des investissements reçus chuter drastiquement, et son statut de seconde puissance chahuté, contraignant le pays à se tourner drastiquement vers l’extérieur », commente David Cousquer, CEO et fondateur de Trendeo.
Une reprise des investissements à l’échelle mondiale sur les 12 derniers mois, avec des bouleversements dans la hiérarchie des grandes puissances
Au-delà de ces chiffres consolidés, on observe de fortes disparités régionales, marquées par un bouleversement dans la hiérarchie des grandes zones géographiques analysées. Si sur la décennie 2016-2025, le classement reste stable en matière d’investissements industriels, avec les États-Unis en tête (3 807 milliards de dollars investis sur la période), suivis de la Chine (3 357 milliards) et de l’Inde (2 036 milliards), les dynamiques récentes augurent d’un basculement au profit des Etats-Unis et au détriment de la Chine.
La Chine voit ainsi ses montants industriels investis passer de 555 milliards de dollars en 2022 à 46 milliards en 2025, soit une division par 12, tandis que les États-Unis voient leurs investissements doubler en un an (de 404 à 793 milliards de dollars). La France, quant à elle, bondit de 34 à 86 milliards de dollars, grâce à trois projets de data centers de classe mondiale (58 milliards de dollars), permettant à l’Union européenne de se classer devant l’inde en 2025.
Côté destinations, le renversement est spectaculaire. L'Asie, qui recevait en moyenne 265 milliards de dollars par an depuis 2016, voit ses investissements reçus chuter à
131 milliards en 2025. Ainsi, la région se redéploie, notamment via l'investissement chinois à l'étranger. Celui-ci se concentre sur la chaîne de valeur de l'électromobilité : sur la période 2023-2025, les batteries représentent à elles seules 49 milliards de dollars d'investissement, auxquels s'ajoutent les préparations chimiques pour batteries (13 milliards), les véhicules électriques (19 milliards) et les panneaux solaires (20 milliards). L'automobile au sens large domine en nombre de projets avec 168 annonces, suivie par l'électronique (112) et l'équipement électrique (88).
Inversement, les Amériques, qui recevaient en moyenne 200 millions de dollars par an depuis 2016, en comptabilisent 267 en 2025. A leur apogée, les États-Unis drainent 44 % de l’investissement mondial et 26 % du volume de projets. Mais cette réalité masque une certaine fragilité : le pays concentre 75 % des investissements en 2025 dans seulement trois secteurs (data centers, pharmacie, électronique/semi-conducteurs en forte croissance) et 30 % dans 10 mégaprojets, là où les autres secteurs analysés stagnent. On y observe par ailleurs une faible création d’emplois par million de dollars investis (7 milliards de dollars nécessaires pour créer 1 emploi, contre 2 milliards de dollars pour la moyenne mondiale) et les suppressions d’emplois y représentent 30 % des créations d’emplois annoncées. Ces fragilités suggèrent que la position dominante américaine est sensible à des retournements de tendance : annulation de mégaprojets, moindre attractivité, incertitude politique forte.
La France, quant à elle, s’impose comme 4ème destination mondiale des investissements industriels sur la période 2021-2025 (139 milliards de dollars reçus). La répartition des investissements relatifs à la France confirme l’attrait de l’Hexagone ainsi que la volonté des grands champions français de s’internationaliser : 40 % des investissements proviennent d’autres pays, 13 % sont des investissements domestiques et 47 % sont des investissements que la France fait dans d’autres pays.
« La France se positionne très bien en matière d’investissements industriels, ce qui est une excellente nouvelle. Les données de ce 10ème baromètre des investissements industriels mondiaux confirment que nous disposons des atouts pour nous imposer en pole position dans certains secteurs, en attirant des capitaux de pays tiers – Émirats Arabes Unis, États-Unis, Canada - dans des mégaprojets ciblés, à l’instar des grands data centers. Cela nous place comme 8ème pays dans le monde en matière de« puissance et souveraineté économique », premier dans l’Union Européenne, et cela a un impact direct sur l’attractivité du continent, en seconde position derrière les États-Unis et devant la Chine et l’Inde. », analyse Matthieu Dussud, Directeur associé en charge du pôle de compétences Industries Avancées chez McKinsey France.
Des cartes rebattues sur le plan sectoriel, avec une montée en puissance des data centers et une chute des investissements dans l’énergie
En 2025, les data centers représentent près de 580 milliards de dollars d'investissements, soit un peu plus de trois fois leur moyenne annuelle sur la décennie 2016-2025 et une hausse de 80 % par rapport à 2024.
Autre secteur en forte augmentation : l'industrie de défense mondiale, avec un nombre de projets (infrastructures de production) multipliés par 1,7 et des montants plus que doublés entre 2016-2020 et 2021-2025, sous l'effet de la guerre en Ukraine et du réarmement occidental. Les munitions classiques affichent la plus forte progression (+23 projets), signal d’une reconstitution active des stocks. Les véhicules terrestres (+19) et les drones (+18) suivent, portés par les livraisons à l'Ukraine et l'émergence des systèmes autonomes. Le naval progresse (+13) en restant concentré sur les mégaprojets australiens (soit un gain de 1,37 milliards, ce qui positionne ce secteur en premier en termes de valeur). L'activité de défense en France a doublé en valeur entre 2016-2020 et 2021-2025, passant de 2 à 4,4milliards d’euros (ou de 292 à 456 projets). Mais la structure diffère du reste du monde. Le spatial domine la croissance (+60 projets). L'électronique défense (+22) et le cyber/quantique (+9) surperforment également, tirés par le tissu PME/ETI et les startups. En valeur, les plus fortes progressions concernent les munitions intelligentes (+1 milliard d’euros à 1,112 milliards), le spatial (+742 millions d’euros à 984 millions) et l’électronique défense (+718 millions d’euros à 769 millions).
Cette progression rapide contraste avec le recul prononcé d’autres secteurs.
Les investissements relatifs à la production d'énergie chutent de 57 % par rapport à leur moyenne depuis 2016 (les besoins électriques considérables des infrastructures numériques que sont les data centers ne se traduisent pas encore par une reprise des investissements dans la production d'énergie). Les investissements dans les projets renouvelables connaissent parallèlement une forte baisse, passant d’un plus haut à 595 milliards de dollars en 2022 à seulement 137 milliards en 2025, soit une chute de 77%. On révèle par ailleurs une transformation structurelle du secteur, avec une progression croissante des projets couplés à des moyens de stockage. Cette tendance traduit la nécessité croissante de gérer l'intermittence des renouvelables, mais elle ne compense pas l'effondrement des volumes d'investissement dans les capacités de production elles-mêmes.
Les investissements dans l’automobile sont en nette baisse (276 milliards de dollars en 2022 contre 76 milliards en 2025), atteignant leur plus bas niveau depuis 2016, marqués une quasi-division par deux des investissements dans le véhicule électrique en 2025. La Chine a cessé d'être la destination phare des investissements automobile, avec une part passée de 33 % à 3 % entre 2016 et 2025, mais reste le premier investisseur mondial du secteur (29 %), devant l’Union européenne (16 %) et les États-Unis (12 %). Les constructeurs chinois ont notamment redéployé leurs usines au Maroc, en Hongrie ou au Mexique, pour accéder aux marchés occidentaux en contournant les barrières tarifaires.
« Les investissements orientés Défense sont en forte augmentation dans le monde. En France, les projets dans ce secteur ont quasiment doublé entre les périodes 2016-2020 et 2021-2025. Cette situation inédite révèle les défis structurels, notamment en termes d’organisation et de recrutement, que les entreprises de l’armement doivent relever », conclut Gwénaël Guillemot, directeur de l’institut de la réindustrialisation de CESI
Les emplois
Dans le détail, l’Asie et l’Afrique sont les deux premières régions de créations d’emplois grâce aux nouveaux investissements. Les suppressions y restent limitées, permettant un taux de créations nettes de respectivement, 97 % et 98 %. Inversement, l’Europe et les Amériques présentent les plus fortes suppressions d’emplois, d’où des taux de créations nettes de respectivement 43 % et 74 %. La proportion européenne illustre la moindre capacité de l’Union à générer des emplois à partir des nouveaux investissements qu’elle accueille.
Les secteurs les plus créateurs d’emplois sont l’habillement (+ de 100 000), l’automobile (97 000) et l’électronique (90 000), même si dans le cas de l’automobile, la part de suppression d’emplois par rapport aux emplois créés est de près d’un quart.
[1] Sont étudiés les annonces de projets d'investissement de plus de 30 millions de dollars ou ceux amenés à créer plus de 50 emplois. Ces recensements étant basés sur les médias locaux, les données relatives à la Chine peuvent inclure quelques sous-évaluations.
[2] Somme des investissements reçus, domestiques et réalisés à l’étranger.