La salle de presse ROYAUME-UNI : LE BREXIT CONTINUE À FAIRE TOMBER LES GOUVERNEMENTS

ROYAUME-UNI : LE BREXIT CONTINUE À FAIRE TOMBER LES GOUVERNEMENTS

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Avec la démission de Keir Starmer et l’avènement d’un septième Premier ministre depuis le référendum de 2016, le Brexit s’impose de nouveau au cœur de l’actualité britannique comme s’il n’en était jamais vraiment parti. Comment un vote tenu il y a près d’une décennie continue-t-il de structurer les identités, les clivages et le système partisan du Royaume-Uni ?

Chercheur invité au Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po, Tom Hunter apporte un éclairage inédit sur cette question. Il démontre comment le Brexit a profondément bouleversé le paysage politique britannique, dépassant de très loin le simple enjeu européen.

Son article, résumé ici en six points, est libre de droits et peut être repris, tout ou en partie, avec mention du site Conférence où il a été initialement publié.

 

ROYAUME-UNI : LE BREXIT CONTINUE À FAIRE TOMBER LES GOUVERNEMENTS
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1. L'ILLUSION DE LA STABILITÉ BRITANNIQUE

La démission de Keir Starmer et l'arrivée imminente d'un septième Premier ministre depuis 2016 brisent le mythe de la stabilité politique outre-Manche.

Le retour du débat sur un rapprochement avec l'Union européenne a pris les observateurs de court.

Pourtant, la réalité est plus profonde : le Brexit n'a jamais quitté le cœur de la vie politique britannique, il l'a métamorphosée.

2. L'AVÈNEMENT DES TRIBUS « REMAIN » ET « LEAVE »

Le référendum de 2016 a donné naissance à de nouvelles identités politiques ultra-puissantes et durables.

Aujourd'hui, les Britanniques s'identifient plus fortement comme « Remainers » ou « Leavers » que par rapport à un parti traditionnel.

Cette fracture a engendré une hostilité mutuelle et une polarisation sociétale qui égalent, voire dépassent, le clivage démocrates-républicains aux États-Unis.

3. UNE GRILLE DE LECTURE ALTERNÉE DE LA RÉALITÉ

Ces nouvelles identités "Brexit" ont altéré la perception objective de la réalité par les citoyens.

Qu'il s'agisse de la santé économique du pays ou de la légitimité des processus démocratiques, les deux camps vivent dans des réalités parallèles.

Sans compréhension ni faits partagés, le tissu communautaire de la politique britannique s'effilohent de manière préoccupante.

4. LE BASCULEMENT DE L'ÉCONOMIE VERS LA CULTURE

Le Brexit a déplacé le centre de gravité de la compétition politique des questions économiques classiques vers une dimension purement culturelle.

Là où le débat d'avant-2016 tournait autour de l'austérité et du budget du NHS, il s'articule désormais autour du multiculturalisme, de l'éducation et de l'immigration.

Les bases de données de science politique confirment que la saillance des enjeux culturels surpasse désormais systématiquement celle de l'économie.

5. LA FIN DU BIPARTISME ET LE CHOC DES BLOCS

Le système traditionnel, où conservateurs et travaillistes se partageaient l'essentiel des voix, s'est effondré au profit d'une fragmentation multipartite.

La compétition électorale s'organise désormais autour de deux blocs étanches : le bloc « Remain » (Verts, Labour, Lib-Dems) et le bloc « Leave » (Tories, Reform).

Les électeurs circulent volontiers au sein de leur propre bloc, mais les transferts de voix d'un camp à l'autre sont devenus inexistants.

6. LE PARADOXE EUROPÉEN DU ROYAUME-UNI

En voulant s'affranchir de l'Europe pour retrouver sa souveraineté, la politique britannique a fini par ressembler à celle du continent.

L'instabilité chronique des gouvernements et la multiplication des partis poussent même à réclamer l'adoption de la représentation proportionnelle.

Loin d'avoir réglé la question européenne, le Brexit l'a définitivement ancrée au cœur du système britannique pour les décennies à venir.

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