Un dôme de chaleur s'est installé sur la France depuis le 22 mai 2026, avec des températures supérieure de 10 à 15 degrés aux moyennes de saison et des records atteints dans de nombreuses régions.
Mais dans des messages viraux sur les réseaux sociaux, cet épisode est minimisé et comparé à des chaleurs survenues il y a quelques décennies voire un siècle, comme dans fausses ou citée. D'autres, comme l'ancienne figure des Gilets jaunes sécheresse estivale de l'année 1976 (lien archivé
Dans une séquence largement relayée sur les réseaux sociaux, et Chaleur exceptionnelle... Non, c'est pas une chaleur exceptionnelle. Il y a des coups de chaud à 30 degrés comme il y en a régulièrement fin mai ou début juin. Mais vous allez voir, la p'tite musique, sur toutes les antennes. Alors qu'il a fait un mois de mai plutôt frileux" (lien archivé propos inacceptables" qui "discréditent le travail de milliers de scientifiques et sous-entendent, sans fondement, une manipulation médiatique autour d’un épisode météorologique pourtant exceptionnel" (lien archivé Tout ce blabla pour 2 semaines de chaleur dans l'année... En Espagne, en Italie, au Portugal, en Grèce, les pauvres comment font-ils ?", un chèque chaleur, et puis une aide pour acheter des bouteilles d'eau". Il a aussi critiqué le traitement du "sujet chaleur, l'actualité 'il fait chaud', sur les chaînes info ou au JT, dès qu'on arrive à peine à 30 degrés".
L'une des accusations en vogue visant les journalistes est que les chaînes télé manipuleraient leurs cartes météo, les rougissant exagérément "pour faire peur".
Des "propos inacceptables" pour la Société des Journalistes (SDJ) de BFMTV : elle a rappelé dans un rendent compte des faits, selon un code couleur employé de façon universelle dans les médias", établi "en fonction des normales de saisons, fixées par Météo-France, et basées sur des faits scientifiques faisant consensus" (lien archivé article de vérification.
Exemples isolés
Les chaleurs de 1922, 1945 ou 1947, abondamment citées, le sont de manière trompeuse.
"Il est exact que la France a connu par le passé des épisodes de chaleur notables au mois de mai. En 1922, Paris a atteint 34,8°C le 24 mai; en 1945, Lyon enregistrait jusqu'à 34°C en journée le 16 mai", commente Météo-France auprès de l'AFP. Mais "la comparaison s'arrête là".
D'autant que "les données antérieures aux années 1940 doivent être interprétées avec prudence. Les abris météorologiques de l'époque, insuffisamment ventilés, conduisaient à une légère surestimation des températures maximales diurnes".
Pour l'année 1922, l'agence souligne qu'elle ne dispose "pas d'indicateur thermique quotidien pour la France, nécessaire pour caractériser une vague de chaleur".
"Les comparaisons historiques utilisées sur les réseaux sociaux se limitent souvent à quelques stations ou à quelques journées particulières. Mais une vague de chaleur doit être analysée dans sa globalité : extension géographique, durée, températures nocturnes, précocité, impacts sanitaires et agricoles, humidité des sols et fréquence statistique dans le climat actuel", abonde Davide Faranda, directeur de recherche du CNRS en sciences du climat au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE).
"Les années 1947 ou 1976 sont souvent citées car elles ont correspondu à des sécheresses majeures et à des étés extrêmement chauds pour l'époque. Mais il faut rappeler que ces événements se produisaient dans un climat [global, NDLR] nettement plus froid qu'aujourd'hui", explique-t-il aussi. "Ces épisodes ont effectivement marqué les archives météorologiques et les mémoires collectives, mais ils ne permettent pas de relativiser simplement la situation actuelle", résume le chercheur.
"Evénement millénaire"
Une épisode de températures nettement plus élevées que les normales pendant plusieurs jours" (lien archivé intensité", y compris la nuit où de nouveaux records sont atteints, par "son extension géographique et sa durée", résume Météo-France auprès de l'AFP.
Le " fixé sur la France depuis le 22 mai 2026 a engendré des températures supérieures de 10 à 15 degrés aux moyennes de saison (lien archivé a constaté une série d'événements exceptionnels : le mardi 26 mai est devenu la journée la plus chaude jamais enregistrée en mai depuis le début des mesures réalisées par Météo-France en 1947, avec un indicateur thermique national, qui mesure la température moyenne à l'échelle du pays, à 24,9°C (lien archivé vigilance jaune canicule" le 24 mai, une première depuis la création de cette classification en 2004.

Courbe des anomalies de température en mai en France métropolitaine, pour les années 1947 à 2026, et montrant un écart record de 8°C au-dessus des normales de saison pour la journée du 26 mai 2026, d'après les données de Météo-France
Valentin RAKOVSKY Paz PIZARRO / AFP
"Ce qui rend l'épisode actuellement particulièrement remarquable est avant tout sa précocité et son extension spatiale", confirme Davide Faranda : "fin mai, de larges régions d'Europe occidentale enregistrent des anomalies de température de l'ordre de +10 à +15°C par rapport aux normales saisonnières, avec des températures plus typiques d'un mois de juillet ou d’août. Ce type de situation reste exceptionnel dans les séries historiques observées à cette période de l'année".
"Il s'agit d'un événement sans précédent, millénaire, avec de l'ordre d'une chance sur 1.000 de survenir à cette période de l'année, par rapport au climat de 1979-2025", a souligné le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche du CNRS à l'Ecole normale supérieure (ENS), ici).
Or, "l'extension de la saison des vagues de chaleur est caractéristique des effets du changement climatique", engendré par les activités humaines, souligne auprès de l'AFP le climatologue Robert Vautard, directeur de recherches au CNRS et co-président d'un groupe de travail 1 du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Et "cette extension continuera tant que les émissions nettes de gaz à effet de serre ne seront pas nulles. Il faudra s'attendre plus tard à de telles vagues de chaleur en avril ou octobre", anticipe-t-il.
Cette vague de chaleur qui frappe une partie de l'Europe est un "rappel brutal" des conséquences du changement climatique, a estimé le responsable de l'ONU Climat, Simon Stiell, dans une ici).

Touristes à Rome le 26 mai 2026, pendant la vague de chaleur qui frappe une partie de l'Europe
Alberto PIZZOLI / AFP
En France métropolitaine, le réchauffement climatique se traduit déjà par une hausse de la température moyenne de ici). Depuis le début des relevés de Météo-France en 1947, sur "51 vagues de chaleur" répertoriées, la moitié (25) l'ont été entre 1947 et 2010, soit sur une période de 63 ans, et l'autre moitié (26) ces quinze dernières années (depuis 2011).
"Le changement climatique ne signifie pas que des records absolus n'ont jamais existé auparavant. Il signifie que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus intenses, plus longues et qu'elles apparaissent désormais plus tôt dans la saison", résume Davide Faranda.

Vagues de chaleurs recensées en France et indicateur thermique national quotidien (au-dessus de 23,4°C), selon les données de Météo-France depuis 1947
Valentin RAKOVSKY Valentina BRESCHI Nalini LEPETIT-CHELLA / AFP
Le réchauffement climatique et la responsabilité de l'action humaine dans sa survenue sont clairement établis par le consensus scientifique et en particulier les ici).
Les températures moyennes mondiales devraient se maintenir "à des niveaux record ou quasi record" sur la période 2026-2030, avec 75% de probabilité que la moyenne de ces cinq ans dépasse de plus de 1,5°C celle des niveaux préindustriels, ici).
Une sont devenus peu plausibles", mais que si le pire a été écarté, le meilleur l'a aussi été : le nouveau scénario le plus optimiste prévoit une hausse moyenne des températures d'au moins 1,7°C, voire 1,8°C, d'ici 2100 par rapport aux niveaux préindustriels (1850-1900), avant un retour éventuel à 1,5°C (lien archivé anticipe un réchauffement moyen de 2,7°C en 2050 et de 4°C en 2100, par rapport aux températures moyennes qui prévalaient avant la révolution industrielle (lien archivé ici).
Le thème du réchauffement climatique et de l'environnement en général est l'objet de multiples allégations fausses ou trompeuses sur les réseaux sociaux. Retrouver tous nos articles de vérification ici.