Transformation du business model : la remise en question du temps homme
L’IA redéfinit progressivement les mécanismes de création de valeur du secteur numérique. Les modèles économiques traditionnels sont de plus en plus questionnés, à tel point que près de 6 dirigeants sur 10 anticipent un impact disruptif de l’IA générative et agentique sur leur modèle économique.
Si la facturation au forfait ou en régie demeure largement majoritaire, un tiers des acteurs voient la facturation fondée sur la valeur créée comme l’évolution de marché la plus probable à court terme.
Cette évolution accompagne un déplacement de la valeur vers les missions à forte expertise. 40 % des dirigeants font du conseil stratégique leur principale priorité de développement, devant les activités d’intégration et de conception, citées par 28 % des répondants.
Cette transformation attise également la concurrence. 80 % identifient les entreprises AI-native à bas coûts qui entrent sur le marché comme le principal défi sur la chaîne de valeur, devant l’internalisation des clients (53 %) et le développement d’agents par les clients (48 %).
Les offres IA deviennent un véritable relais de croissance
Longtemps perçue simplement comme levier d’innovation ou de différenciation, l’IA s’impose désormais comme une offre à part entière dans la stratégie des ESN et ICT.
Les offres qui lui sont associées représentent actuellement 7 % du chiffre d’affaires des entreprises interrogées. Celles-ci ambitionnent de porter cette part à 18 % dans les trois prochaines années. Le marché entre ainsi dans une nouvelle phase, marquée par le passage de l’expérimentation à l’industrialisation.
Parmi les grandes entreprises et les ETI, 46 % disposent déjà d’offres IA en production et 19% les ont déployées à grande échelle.
De manière générale, l’IA est vue comme un gain de compétitivité par les entreprises. Transformer les investissements IA en offres scalables et différenciantes devient la condition d’une création de valeur durable pour les clients.
La transformation interne produit déjà des gains mesurables.
En interne, l’IA est principalement utilisée pour accroître les capacités des équipes : 86 % des entreprises la mobilisent comme outil d’assistance à la production. Ses usages se diffusent notamment dans l’avant-vente, le développement informatique et la gestion des connaissances.
Ces investissements produisent déjà des résultats tangibles : 37 % des ESN et ICT déclarent des gains de productivité supérieurs à 20 % sur le delivery.
La structuration des usages progresse également : près de 7 entreprises sur 10 ont déjà adopté une politique IA formelle, la moitié bénéficient d’un processus de validation sécurité & conformité et/ou une traçabilité des usages avec suivi des coûts.
Ainsi, ces dispositifs de gouvernance permettent d’intégrer l’IA de manière durable afin de conjuguer performance et confiance.
Les compétences deviennent un facteur clef de différenciation.
La transformation des ESN et des ICT se joue désormais autant dans les technologies que dans les talents. L’IA fait évoluer les missions et élève le niveau d’exigence.
62 % des entreprises déclarent déjà un impact de l’IA sur leurs recrutements : principalement une plus forte sélectivité, mais aussi une réduction ciblée des recrutements sur certains métiers et une compensation par la montée en compétence interne.
L’esprit critique, la responsabilité à l’égard des résultats produits par l’IA, la capacité de conseil et la maîtrise opérationnelle des outils s’imposent comme des compétences décisives. Ainsi, ces besoins se reflètent aussi dans la recherche de profils, qui concentrent désormais sur les experts IA (data, LLM agentique), les profils hybrides techno/métier et les profils confirmés.
Pour les jeunes diplômés, les volumes de recrutement restent globalement maintenus chez près de la moitié des répondants, mais les exigences progressent : la maîtrise opérationnelle des outils d’IA est désormais attendue dès le début de carrière. La formation de l’ensemble des collaborateurs devient ainsi un investissement stratégique pour accompagner la mutation du secteur.
Citations
« Pendant trente ans, notre industrie s'est construite autour de la capacité à mobiliser des compétences. L'intelligence artificielle nous oblige désormais à créer davantage de valeur avec moins d'effort humain. Cette mutation ne remet pas en cause le rôle des ESN et des ICT : elle le renforce. Car plus la technologie progresse, plus les entreprises ont besoin de partenaires capables de comprendre leurs métiers, de maîtriser la complexité et de transformer l'innovation en résultats concrets. », Charles Mauclair, président du collège ESN-ICT de Numeum et Directeur général du Groupe SII.
« Avec l’IA, le véritable risque pour les ESN et les ICT n’est pas seulement de perdre en compétitivité, c’est de perdre en pertinence. Leur transformation doit donc aller bien au-delà des gains de productivité : offres, modèles de delivery, compétences et modes de création de valeur doivent être repensés. Mais cette rupture est aussi une formidable opportunité pour l’écosystème : celle d’accompagner les entreprises et la sphère publique dans leur propre transformation par l’IA. », Xavier Niffle, Associé KPMG France, secteur ces technologies.
Méthodologie
Ce panorama a été établi à partir des données collectées par KPMG entre mai et juillet 2026 auprès d’un échantillon représentatif de près de 200 ESN et ICT de toutes tailles, implantées en France, sur la base d’un questionnaire disponible en ligne couvrant les thèmes suivants : stratégie de croissance, gestion des talents, initiatives Environnementales Sociales et de Gouvernance (critères ESG) et innovation. Les données déclarées, notamment pour ce qui concerne les unités, ont fait l’objet d’une correction en cas d’erreurs manifestes.
Les réponses ont été analysées en fonction de la taille des entreprises telles que définies par la réglementation : Grandes entreprises (GE - 5 000 salariés et plus), Entreprises de taille intermédiaire (ETI - de 250 à 4 999 salariés), Petites et moyennes entreprises (PME - 10 à 249 salariés), Microentreprises (moins de 10 salariés).