1. DÉSHUMANITÉ NUMÉRIQUE
Langage, technique, social, droit : quatre compétences humaines fondamentales que les plateformes dopées à l'IA menacent de dégrader.
Car derrière la révolution technologique, c'est une tout autre bascule qui se joue : celle d'un numérique entièrement soumis à des logiques financières, spéculatives et prédatrices.
2. LE CALCUL DÉSENCASTRÉ
Au XIXᵉ siècle, l'économie s'est construite comme fiction d'un système obéissant à ses propres lois, affranchi de tout ancrage social.
Le calcul algorithmique reproduit aujourd'hui ce geste : s'émanciper du juridique, du culturel, du social pour s'imposer comme puissance universelle incontestée.
3. BETA-TESTEURS MALGRÉ NOUS
Les usines sont devenues des boulets pour une économie spéculative en quête de liquidité maximale.
Tout lancement de produit est d'abord une occasion de levée de fonds massive.
Quitte à laisser aux utilisateurs le soin de corriger les défauts jugés inévitables et indolore…
4. PRÉDIRE SANS COMPRENDRE
Les grands modèles de langue ne raisonnent pas, ils calculent des probabilités sur des corpus massifs.
Aucune sémantique, aucune référence au sens : seulement des pondérations statistiques.
Quand Google IA Overview dispense de vérifier les sources, c'est une logique profonde de désapprentissage qui s'installe.
5. LA GRÉGARITÉ CONTRE LE COLLECTIF
Paradoxalement, la prolifération des liens numériques n'a pas produit de commun.
Instable, opportuniste, orientée vers la viralité immédiate, c’est une sociabilité moutonnière qui s’est au contraire développée.
6. L'HUBRIS DES INGENIEURS
Les concepteurs de ces systèmes ont érigé leur « pulsion de code » en modèle de gouvernance.
Ils se révèlent incapables d'anticiper les conséquences de leur production et hostiles à toute régulation de leur produit.
Le droit, conçu pour instituer une médiation entre les parties, devient un ennemi à contourner ou à abattre.
7. PAS UNE FATALITÉ
Wikipédia, culture libre, souveraineté numérique : il existe des architectures qui cherchent à construire du commun
L'IA elle-même peut stimuler la réflexion plutôt que la remplacer.
La déshumanisation numérique n'est pas inscrite dans le code. Elle est inscrite dans les choix de ceux qui l'écrivent.
8. CE QUI SE JOUE
Ce ne sont pas les hallucinations de l'IA qu'il faut craindre. Ce sont les hallucinés qui la générèrent.
Depuis une sphère numérique financiarisée, ils imposent une vision de l'humain réduit à l’immédiateté de ses pulsions.
La question qui en découle est démocratique autant qu'existentielle : ces outils se développeront-ils au service de notre humanité, ou de son amputation ?