Face à la convergence des cybermenaces, des incertitudes économiques, des tensions géopolitiques et des pressions réglementaires, les dirigeants d’entreprise du monde entier renforcent la résilience de leurs organisations. C’est ce que révèle l’édition 2026 du Global CEO Outlook de KPMG.
Réalisée auprès de 1 400 dirigeants, l’étude montre que 31 % d’entre eux considèrent les risques liés à la cybersécurité et à la sécurité des données comme la principale menace pesant sur la croissance de leur entreprise au cours des trois prochaines années. Viennent ensuite les incertitudes économiques mondiales (28 %), puis l’instabilité géopolitique et les pressions réglementaires (26 %).
Pour y faire face, les dirigeants orientent leurs investissements vers la maîtrise des risques sur lesquels ils peuvent agir. Ainsi, près de la moitié d’entre eux (45 %) déclarent avoir augmenté leurs investissements dans la cybersécurité et la résilience face aux risques numériques.
En France, la cybersécurité occupe le deuxième rang des menaces pesant sur la croissance des entreprises (28 %), juste derrière l’incertitude économique mondiale (29 %). La vigilance des dirigeants français est particulièrement élevée : 99 % se disent préoccupés par l’usurpation d’identité et la confidentialité des données, 93 % par leur vulnérabilité aux cyberattaques et 92 % par la détection et la prévention de la fraude.
Cette préoccupation se traduit dans leurs décisions : 35 % ont renforcé les moyens consacrés à la cybersécurité et à la protection contre les risques numériques. La cybersécurité dépasse ainsi la seule protection des systèmes d’information pour devenir un enjeu de confiance, de résilience et de continuité de l’activité.
Une confiance plus mesurée, sans renoncer aux ambitions de croissance
Les dirigeants français abordent les trois prochaines années avec davantage de prudence que leurs homologues internationaux, sans pour autant renoncer à leurs perspectives de développement. En France, 72 % se déclarent confiants dans l’avenir de leur propre entreprise, un niveau inférieur aux 84 % observés à l’échelle mondiale. Leur confiance dans les perspectives de l’économie mondiale s’établit en revanche au même niveau que dans le reste du monde, à 65 %, en recul de 8 points sur un an pour les dirigeants français.
Cette réserve ne remet pas en cause leurs ambitions. Près de sept dirigeants français sur dix (69 %) anticipent une croissance annuelle de leurs résultats d’au moins 2,5 % au cours des trois prochaines années. La croissance moyenne attendue atteint 3,4 % en France, après 3,2 % en 2025, et reste proche de la moyenne mondiale de 3,6 %.
Les choix deviennent plus sélectifs. Alors que 71 % des dirigeants français ressentent une pression accrue pour assurer le succès à long terme de leur entreprise, 36 % envisagent des opérations de croissance externe d’envergure au cours des trois prochaines années, soit 8 points de moins qu’en 2025. Plus de la moitié privilégient des acquisitions plus ciblées, une proportion qui s’établissait à 41 % l’an dernier.
La capacité à décider rapidement prend une importance croissante. À l’échelle mondiale, 47 % des dirigeants placent l’agilité et la prise de décision sous pression parmi les compétences de leadership indispensables. La capacité d’anticipation stratégique et de planification de scénarios est citée par 44 % d’entre eux, soit deux fois plus qu’en 2025 (22 %).
L’intelligence artificielle passe de l’adoption à la création de valeur
Malgré les incertitudes économiques, l’intelligence artificielle demeure au cœur des stratégies d’investissement. Dans le monde, 79 % des dirigeants en font une priorité pour les trois prochaines années, soit 8 points de plus qu’en 2025. En France, cette proportion atteint 72 %, après 60 % l’année précédente. La progression est donc plus rapide dans l’Hexagone, même si le niveau demeure inférieur à la moyenne mondiale.
Cette accélération s’accompagne d’investissements significatifs et d’attentes plus exigeantes en matière de résultats. En France, 74 % des dirigeants prévoient de consacrer plus de 10 % de leur budget d’investissement à l’IA au cours des douze prochains mois, une proportion légèrement supérieure à la moyenne mondiale de 72 %. Ils sont 67 % à anticiper un retour sur investissement dans un délai d’un à trois ans, une perspective partagée par 71 % de leurs homologues internationaux.
La maîtrise des risques conditionne le passage à l’échelle. Les enjeux éthiques¹ liés à l’IA sont jugés difficiles à gérer par 69 % des dirigeants français, tandis que 57 % des dirigeants dans le monde les citent comme principal obstacle à son déploiement. Par ailleurs, 64 % des dirigeants français accordent une attention accrue à la gouvernance et au contrôle des données dans un contexte de souveraineté numérique, un niveau supérieur aux 59 % observés à l’échelle mondiale.
Le développement de l’intelligence artificielle renforce également les besoins de compétences. Leur insuffisance constitue le premier défi des entreprises en matière de ressources humaines pour 61 % des dirigeants français et 56 % de leurs homologues internationaux. En France, 57 % placent également la formation des collaborateurs aux outils d’IA parmi leurs principales préoccupations.
La durabilité s’inscrit dans les arbitrages économiques
Les engagements en matière de développement durable demeurent, mais leur contribution à la performance est davantage examinée. Dans le monde, 63 % des dirigeants déclarent avoir renforcé l’intégration de ces enjeux au cœur de leur stratégie. En France, cette proportion s’établit à 47 %. Aucun des dirigeants français interrogés ne déclare toutefois avoir réduit ses efforts ou dépriorisé le développement durable.
La France se distingue même par une volonté plus marquée de diffuser ces initiatives dans l’ensemble de l’organisation : 29 % des dirigeants français privilégient cette orientation, soit plus du double des 14 % observés à l’échelle mondiale. Plus largement, 79 % considèrent le développement durable comme pleinement intégré à leur entreprise et essentiel à sa réussite à long terme, après 71 % en 2025.
Cette continuité s’accompagne d’une attention accrue à la mesure des résultats. Près des trois quarts des dirigeants français (74 %) prennent en compte le coût et le retour sur investissement potentiel de leurs initiatives lorsqu’ils arbitrent leurs projets. Par ailleurs, 64 % se disent confiants dans leur capacité à atteindre leurs objectifs de neutralité carbone d’ici 2030, soit exactement la même proportion qu’à l’échelle mondiale.
L’essor de l’intelligence artificielle ajoute une nouvelle dimension à ces arbitrages. En France, 95 % des dirigeants se préoccupent de son impact énergétique et environnemental, mais 81 % considèrent qu’elle peut aussi contribuer à réduire les émissions et à améliorer l’efficacité énergétique. La recherche de valeur s’étend ainsi aux effets économiques et environnementaux des transformations engagées.
Marie Guillemot, Présidente du Directoire de KPMG en France :
« Cette nouvelle édition démontre que, face à l’incertitude, les dirigeants ne renoncent ni à leurs ambitions ni à préparer l’avenir. Ils continuent d’investir dans leurs priorités stratégiques, de l’intelligence artificielle à la cybersécurité et à la durabilité, mais avec une exigence accrue de résultats. La capacité à renforcer la robustesse de leurs entreprises face aux risques est désormais l’enjeu principal. »
Mathieu Wallich-Petit, Associé, membre du Comité exécutif, Head of Client & Markets de KPMG en France :
« Les dirigeants français maintiennent leurs ambitions de croissance malgré l’incertitude, mais font preuve d’une plus grande sélectivité dans leurs décisions. Ils privilégient des investissements mieux ciblés, des opérations de croissance externe plus mesurées et attendent des résultats concrets de leurs transformations. Cette sélectivité traduit une attention accrue à la performance et à la création de valeur sur le long terme. »
¹ Dans le cadre de l’étude, les enjeux éthiques présentés aux dirigeants recouvraient notamment la confiance, les biais présents dans les jeux de données, la protection de la vie privée, la responsabilité, la transparence, la propriété intellectuelle et la désinformation.
À propos du Global CEO Outlook de KPMG
La douzième édition du Global CEO Outlook de KPMG, réalisée auprès de 1 400 dirigeants d’entreprise entre le 11 août et le 21 septembre 2026, apporte un éclairage sur leurs perceptions, leurs stratégies et leurs méthodes de planification.
L’ensemble des répondants dirige des entreprises réalisant un chiffre d’affaires annuel supérieur à 500 millions de dollars américains. Un tiers des entreprises interrogées affiche un chiffre d’affaires annuel supérieur à 10 milliards de dollars.
L’étude couvre 12 grands marchés : l’Australie, le Canada, la Chine, la France, l’Allemagne, l’Inde, l’Italie, le Japon, les Pays-Bas, l’Espagne, le Royaume-Uni et les États-Unis.
En France, l’étude a été réalisée auprès de 75 dirigeants d’entreprise.
Elle porte sur 13 secteurs d’activité : la gestion d’actifs, l’automobile, la banque, les biens de consommation et la distribution, l’énergie, la santé, les infrastructures, l’assurance, les sciences de la vie, l’industrie manufacturière, les technologies, les médias et les télécommunications.
Note : certains pourcentages peuvent ne pas totaliser exactement 100 % en raison des arrondis.