Pour Pascale Gibert, directrice de l’Institut Gaston Berger du Groupe INSA : “L’originalité de l’étude réside dans le fait de s’intéresser au moment charnière que constitue l’entrée dans la vie active pour mieux comprendre les décalages entre les projections des étudiants en matière de vision du métier, la possibilité d’action, et la réalité qu’ils découvrent une fois en poste.”
Identité, rapport au travail et parcours féminins
L’étude, qui s’appuie à la fois sur une analyse qualitative (focus groupe et entretiens de managers) et uneanalyse quantitative (1000 élèves ingénieurs et jeunes alumni) dresse quinze constats et livre cinq principales
recommandations, dans trois champs thématiques : l’identité de l’ingénieur, le rapport au travail et à
l’entreprise, ainsi que la place des femmes dans l’écosystème de l'ingénierie.
Une identité de l’ingénieur en pleine mutation
L’étude révèle une identité professionnelle qui se fragmente : le titre d’ingénieur ne renvoie plus à un modèleunique mais à une diversité de rôles. Les jeunes diplômés, formés pour piloter et transformer, se heurtent à
des organisations hiérarchiques qui limitent leur impact, nourrissant un décalage entre le récit de « l’ingénieur
acteur du changement » et la réalité quotidienne du travail.
Un nouveau rapport au travail, fondé sur l’expérience plus que sur l’appartenance
Étudiants et jeunes ingénieurs naviguent entre idéaux d’utilité sociale et recherche de trajectoiresprofessionnelles cohérentes. Leur engagement envers l’entreprise repose désormais sur la qualité de
l’expérience vécue, l’apprentissage et la progression personnelle. Le parcours professionnel est perçu
comme un processus d’accumulation de compétences et de réseaux, articulé avec les autres sphères de vie
et orienté vers le sens, l’autonomie et la reconnaissance.
Femmes ingénieures : entre contraintes genrées et stratégies d’affirmation
Les femmes choisissent l’ingénierie à la fois comme voie de sécurisation et d’affirmation, maiss l’entrée dansle monde professionnel les confronte encore à des normes masculines. Si leur capital social est valorisé, il
se traduit encore trop peu en progression de carrière. Plus conscientes de la temporalité genrée des
parcours, elles exigent des preuves concrètes d’équité — transparence, mixité managériale, soutien à la
parentalité.
Cinq recommandations émises
L’ingénierie est ainsi traversée par une double transformation : l’arrivée progressive des femmes dans ununivers historiquement masculin et l’émergence d’une nouvelle génération en quête de sens, d’autonomie et
de reconnaissance.
Au-delà de ce constat, l’étude apporte des clés et livre cinq grandes recommandations, mises à disposition
des entreprises pour accompagner ces dernières dans leur transformation et s’adapter aux nouveaux besoins
et appétences des jeunes ingénieurs.
Les recommandations sont les suivantes :
- Clarifier le cadre et les marges de manoeuvre
- Faire de l’apprentissage continu un levier d’engagement
- Valoriser la diversité des profils et des trajectoires
- Promouvoir une égalité réelle, pas déclarative
- Créer un climat de confiance et de reconnaissance mutuelle
Pour Cécile Prévost, porteuse du projet pour l’Institut Gaston Berger, docteure en sociologie du
travail et directrice Partenariats & Société à l’INSA Centre Val de Loire : “L’enjeu pour les écoles et les
entreprises ne réside donc plus dans la prescription de parcours types, mais dans la capacité à articuler
individualisation et collectif, et à redéfinir le récit de ce que signifie être ingénieur aujourd’hui, dans la société
contemporaine.”
Cette étude, menée grâce au soutien du Groupe EGIS, mécène de la Fondation INSA, doit également
permettre aux écoles du Groupe INSA de nourrir la réflexion sur les formations et l’accompagnement
proposés aux élèves durant leur formation.
Pour Mourad Boukhalfa, président du Groupe INSA, doyen de la Fondation INSA et directeur de l’INSA
Rouen Normandie : “Cette étude s'inscrit pleinement au coeur des réflexions prospectives portées par le
Groupe INSA pour comprendre le monde en transformation et accompagner les transformations de la
société.”