Les députés de la commission de la santé plaident pour un financement spécifique, des politiques de prévention ambitieuses et l’égalité d’accès au dépistage, au diagnostic et au traitement.
Lundi, les membres de la commission de la santé publique (SANT) ont adopté une résolution évaluant le plan d’action européen contre le cancer, par 27 voix pour, 8 voix contre et 5 abstentions. Ils souhaitent que le prochain budget à long terme de l’UE consacre au moins 10,05 milliards d’euros à la santé, dont 2,5 milliards d’euros à des actions liées au cancer.
Prévention: tabac, nicotine, alcool et alimentation
Les députés notent que la prévention est la stratégie à long terme de lutte contre le cancer la plus rentable. Préoccupés par le fait que les non-fumeurs adoptent d’autres dispositifs pour fumer, ils souhaitent que la législation européenne sur le tabac soit mise à jour d’urgence afin qu'elle s’applique sur des produits comme les cigarettes électroniques, les produits du tabac chauffés et les sachets de nicotine. Le réexamen devrait également inclure des exigences en matière de conditionnement neutre, des restrictions sur les arômes qui attirent les jeunes consommateurs, la déclaration obligatoire des ingrédients et une interdiction de la vente en ligne de produits à base de nicotine aux mineurs. Dans le même temps, ils affirment qu’une augmentation des accises minimales pour tous les produits du tabac et de la nicotine est nécessaire.
Les députés demandent également que des mesures soient prises pour lutter contre la consommation nocive d’alcool, y compris des informations sanitaires obligatoires clairement visibles sur toutes les boissons alcoolisées. Une stratégie européenne révisée en matière d’alcool est nécessaire, selon eux, avec une stratégie de consommation zéro d’alcool pour les mineurs, des initiatives de sensibilisation et des mesures au niveau de l’UE visant à réduire l’exposition à la commercialisation de l’alcool.
La nutrition étant également un aspect essentiel de la prévention du cancer, les députés affirment qu’il est nécessaire de mettre en place une étiquette nutritionnelle européenne obligatoire et harmonisée sur la face avant des emballages, s’appuyant sur des données scientifiques.
Dépistage, diagnostic et traitement
Préoccupés par les inégalités persistantes entre les pays et les régions de l’UE, les députés de la commission SANT demandent l’égalité d’accès au dépistage, au diagnostic et au traitement du cancer dans l’ensemble de l’Union. Les cancers du sein, du col de l’utérus et de la prostate devraient rester prioritaires pour le dépistage. Selon eux, le dépistage soutenu par l’IA donnant des résultats prometteurs, les systèmes validés cliniquement devraient être intégrés aux programmes nationaux de dépistage du cancer.
Le Parlement demande également la mise en place de systèmes d’invitation et de rappel fiables et d’un suivi médical rapide après des tests positifs, ainsi que l’accès de 90 % des patients aux centres intégrés de cancérologie nationaux d’ici à 2030. Les députés suggèrent qu’un accès équitable aux médicaments anticancéreux pourrait être favorisé par la passation conjointe de marchés sur une base volontaire.
En France, des pôles de pointe déjà labellisés
Le réseau européen de centres intégrés de cancérologie, que les députés européens veulent rendre accessible à 90 % des patients, se construit sous la coordination de l'Institut national du cancer (INCa). Sans attendre, seize centres français détiennent déjà le label "Comprehensive Cancer Centre" de l'Organisation des instituts européens du cancer (OECI), qui distingue les établissements réunissant soins, recherche et formation. Parmi eux, l'Oncopole de Toulouse prend en charge plus de 11 000 nouveaux patients chaque année ; en 2024, près de 2 900 y ont été inclus dans un essai clinique. L'Institut Paoli-Calmettes de Marseille a accueilli plus de 11 000 nouveaux patients la même année. En 2024, le cancer a causé près de 166 000 décès en France, selon l'Inserm.
Qualité de vie
L’action de l’UE contre le cancer devrait également améliorer la qualité de vie des personnes ayant survécu au cancer et des patients atteints d’un cancer. Les députés souhaitent que des mesures soient prises pour favoriser l’intégration sur le marché du travail, la réadaptation et le soutien psychosocial, et que les règles du "droit à l’oubli" soient pleinement mises en œuvre.
Selon les députés, les patients atteints d’un cancer pédiatrique devraient bénéficier d’un meilleur accès aux soins transfrontaliers, aux traitements innovants et aux essais cliniques. Les représentants des patients devraient, selon eux, être systématiquement associés à la conception et à la mise en œuvre des politiques de l’Union en matière de cancer.
Citation
Vlad Voiculescu (Renew, Roumanie), rapporteur, a déclaré: "Le cancer tue 1,3 millions d’Européens chaque année. 40 % de ces décès peuvent être évités. Avec ce rapport, nous exigeons un renforcement de la prévention, un financement solide, une responsabilité pour tous et un suivi centré sur les patients. Le plan européen de lutte contre le cancer pourrait sauver jusqu’à un demi-million de vies chaque année. Nous devons à chaque citoyen de l’UE de produire des résultats, dans chaque État membre."
Contexte
Le cancer est actuellement la deuxième cause de décès dans l’UE. Environ un citoyen de l’Union sur deux devrait se voir diagnostiquer un cancer au cours de sa vie.