Pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre parcours dans la communication et les RP ?
J’ai débuté ma carrière il y a plus de vingt ans, après avoir obtenu un master à l’EFAP (École française des attachés de presse). Deux grandes étapes ont structuré mon parcours, jusqu’à occuper mon poste actuel. La première a duré une douzaine d’années chez FTI Consulting, une agence de conseils en communication dans laquelle j’ai accompagné des clients français et internationaux sur leurs enjeux de réputation, souvent dans des contextes sensibles et exigeants. J’ai ensuite poursuivi ma carrière au sein d’entreprises comme Forvia (anciennement Faurecia) et Servier.
J’ai toujours travaillé sur des enjeux de communication externe avec un fort ancrage opérationnel en relations presse. Ces expériences m’ont permis de développer une vision à la fois stratégique et très concrète du rôle de RP dans la performance et la réputation d’une entreprise.
Selon vous, l’expérience en agence est-elle indispensable dans un parcours de communicant ?
Je pense qu’il ne faut surtout pas opposer les deux mondes. Ils sont complémentaires. Quand je suis interrogé par des jeunes qui recherche des conseils, je recommande souvent de commencer sa carrière par une étape en agence, car c’est un passage extrêmement formateur. Ce type d’expérience développe l’observation, l’écoute, l’agilité et la capacité à déployer des stratégies de communication globales. Travailler en agence permet d’être confronté à une grande diversité de sujets, de secteurs et de situations. On apprend aussi beaucoup au contact de profils de clients très différents, ce qui enrichit fortement la compréhension des enjeux humains et business.
Un passage en agence apporte de la maturité, mais aussi une vraie capacité d’analyse et de priorisation. Ce sont des « skills » clés au moment de passer dans le monde de l’annonceur.
Quelles sont les compétences nécessaires pour être un bon responsable des relations médias ?
De manière générale, ce métier requiert une grande curiosité : il faut lire, observer et écouter en permanence. Il demande une intelligence relationnelle et situationnelle très développée. Nous devons comprendre nos interlocuteurs, leurs attentes, leurs contraintes et leurs objectifs.
C’est une fonction complexe et stratégique. Elle offre des perspectives très riches : interaction avec le top management, participation à la réflexion sur les orientations de l’entreprise, accès à des informations sensibles, et le rôle de porte-voix de l’organisation. Malgré les transformations liées au digital, la presse reste un levier incontournable dans une stratégie globale de communication d’entreprise. Elle joue un rôle structurant dans la construction de la crédibilité et de la réputation.
En parallèle, il est essentiel d’avoir pleinement conscience du niveau d’exposition et d’exigence qu’implique cette profession, tant en interne qu’en externe. Cela suppose aussi une forte disponibilité, de la rigueur et une certaine robustesse pour traverser notamment des périodes de gestion de crise par exemple.
Justement, c’est un métier très centré sur le relationnel : comment maintenir de bonnes relations, à la fois avec son entreprise mais aussi avec les journalistes ?
Avec les différents services de l’entreprise comme avec les journalistes, notre objectif est d’être perçu comme des partenaires et non comme des prestataires. La communication est parfois encore vue comme une fonction de support. Or, elle est profondément stratégique.
En interne, notre travail repose sur la coopération. À partir des enjeux business, nous co-construisons avec les différentes équipes la stratégie RP la plus pertinente. Nous la déployons ensuite et nous la mesurons à partir d’objectifs clairs et de messages structurés, illustrés et alignés avec l’audience ciblée. Il est important de ne pas s’éparpiller et de ne pas considérer que les RP sont la réponse à tous les besoins de communication. Nous devons aussi avoir la capacité de proposer des approches complémentaires et transverses, comme les réseaux sociaux ou l’advocacy lorsque c’est plus pertinent.
Avec les journalistes, la relation repose sur la réactivité, la fiabilité et la qualité des échanges. Ils attendent de nous des informations sourcées, précises, ou une mise en relation rapide avec le bon expert. Notre travail consiste à comprendre ces besoins et y répondre avec justesse.
La clé répose sur la confiance et la transparence. Quand nous ne pouvons pas répondre, il faut savoir le dire. Les relations se construisent dans la durée, en valorisant l’humain et la compréhension mutuelle des enjeux et des contraintes de chacun.
Comment mesurer concrètement l’impact d’une campagne RP ?
Aujourd’hui, il existe un équilibre autour de trois notions complémentaires. Tout d’abord, ce qu’on appelle « l’output », qui concerne la quantité et la qualité des retombées enregistrées, ainsi que la part de voix des médias ciblés. Ensuite, « l’outtake » qui repose sur la tonalité des articles et la reprise des messages portés par le porte-parole. Enfin « l’outcome » qui correspond aux échos suscités : sollicitations entrantes, opportunités, etc.
On ne peut plus réduire les relations presse à une logique purement volumétrique. Nous faisons un métier d’impact : mieux vaut parfois faire moins, mais mieux, et avec plus de sens.
Selon vous, quels sont les grands défis actuels dans votre métier ?
Pour reprendre une expression fréquemment citée : « l’attention se raréfie, tandis que la vitesse s’accélère ». Avec la montée en puissance des réseaux sociaux et des influenceurs, l’information circule encore plus vite. Dans ce contexte, notre rôle évolue.
L’IA transforme déjà nos pratiques que cela soit sur la veille, l’analyse ou la production de contenus. Je la considère comme un assistant augmenté qui génère des gains d’efficacité réels et vient aussi challenger vos réflexions. L’enjeu est de conserver un regard critique et une exigence éditoriale forte.
La lutte contre la désinformation est également un défi majeur. Notre rôle est aussi devenu celui de garant de la cohérence, de la fiabilité et de la responsabilité de la parole de l’entreprise dans l’espace public.
Pour terminer, quels sont vos conseils pour être un bon communicant RP ?
Il faut être curieux et créatif. Il est aussi important de se former en permanence, notamment à la data et à l’IA, tout en gardant l’éthique comme boussole.
Je pense également qu’il est nécessaire de cultiver son réseau et de l’entretenir avec respect, en interne comme en externe. Cela passe par la capacité à se mettre à la place de ses interlocuteurs pour mieux comprendre leurs attentes.
C’est un métier passionnant que j’exerce depuis 20 ans. Mais il faut lucide sur le niveau d’exigence et de disponibilité au quotidien. C’est une fonction très visible, très exposée et en même temps extrêmement stimulante.
Dans cette interview, découvrez :
- Quel est le rôle d’un responsable des relations médias ?
- Pourquoi débuter sa carrière en agence est un atout ?
- Comment entretenir des relations presse durables ?
- Quels sont les défis RP face à la désinformation et à l’IA ?
- Quelles sont les compétences clés pour réussir en communication externe ?
- Comment mesurer l’impact d’une campagne de relations presse ?
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