Le Média Lola Beauvillain de Montreuil (EDF) : « Le meilleur article est parfois celui qui ne sort pas »
Interview

Lola Beauvillain de Montreuil (EDF) : « Le meilleur article est parfois celui qui ne sort pas »

Bonnes pratiques RP

Dans « Paroles de RP », MediaConnect met en lumière les directeurs et responsables des relations presse. Ils partagent leur parcours, leurs conseils, leurs expertises et leurs défis du quotidien. Pour ce nouvel épisode, nous avons échangé avec la directrice médias, influence et réputation du groupe EDF : Lola Beauvillain de Montreuil.  

Lola Beauvillain de Montreuil (EDF) : « Le meilleur article est parfois celui qui ne sort pas »
Lola Beauvillain de Montreuil (EDF) : « Le meilleur article est celui qui ne sort pas »
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Quel est votre parcours et comment êtes-vous arrivée dans les RP ?

Je suis diplômée du Celsa en communication politique et institutions publiques. À l’origine, je me destinais au journalisme, mais mes expériences de stage m’ont rapidement fait comprendre que c’était finalement “de l’autre côté” que je souhaitais m’engager.
J’ai rejoint EDF en 2009 dans le cadre de mon stage de fin d’études… et je n’en suis jamais repartie. Je n’imaginais pas, à ce moment-là, y construire un parcours de plus de quinze ans. Mais la diversité des sujets, la richesse des environnements et l’exigence des missions m’ont constamment stimulée.
Depuis, j'ai alterné postes opérationnels et fonctions corporate, en centrale nucléaire, au sein des filiales RTE et EDF Renouvelables  (aujourd'hui EDF power solutions), avant de prendre la direction médias, influence et réputation du groupe.

 

Quelles qualités faut-il pour exercer ce métier ?

 

L'anticipation est indispensable. Il faut connaître la stratégie de l'entreprise, proposer des actions presse pour les accompagner, identifier les sujets sensibles et prévoir les questions que les journalistes pourraient poser. Par exemple, pour le démarrage de la centrale nucléaire de Flamanville 3, nous avions préparé notre plan de relations presse avant que cela ne se passe. Nous avions rédigé les éléments de langage pour nos porte-parole, déjà listé les journalistes à contacter et organisé les déplacements sur place en amont pour disposer des bonnes retombées presse le jour J.

La disponibilité et la rigueur permanentes sont aussi essentielles. Avec près de 2 000 sollicitations presse par an, on ne s'arrête jamais vraiment. Il m'est arrivé de répondre à des journalistes depuis le quai d’une gare, un week-end, ou entre deux séances de sport. Chez EDF nous sommes d’ailleurs organisés en astreinte. Un attaché de presse est toujours disponible, 7j/7 et 24h24. Dans ce métier, et en particulier quand on travaille pour une entreprise à activités sensibles, on ne peut pas dire « je vous rappelle dans une semaine ».

 

Comment s’organise le service communication d’EDF ? 

La direction de la communication d’EDF se structure en quatre grandes directions corporate : la communication interne et managériale, la marque et les images (qui incluent notamment la publicité et le sponsoring), les études et opinions, et enfin médias, influence et réputation que je dirige.
Au sein de cette dernière, nous avons structuré l’activité autour de trois pôles complémentaires : un pôle planning stratégique, chargé de définir les grandes séquences de communication et les argumentaires ; un pôle réseaux sociaux et e-influence ; et le service de presse. Cette organisation vise à renforcer la cohérence et l’impact de nos prises de parole. Concrètement, chaque séquence de communication fait l’objet d’un travail collectif : les équipes se coordonnent en amont pour aligner les messages, les éléments de langage et les canaux de diffusion auprès des médias, sur les réseaux sociaux, en interne afin de garantir une expression claire, cohérente et efficace.
 

Comment construisez-vous vos stratégies RP au sein d’EDF ?

 

La stratégie RP se construit autour d'un principe simple : être à la fois au service de la stratégie de l'entreprise et des journalistes.  Autrement dit, il s’agit d’aligner nos temps forts de communication avec ceux des médias.
Par exemple, au moment du sommet nucléaire organisé à Paris le 10 mars 2026, l’attention se portait naturellement sur le renouveau du nucléaire. Nous avons saisi cette opportunité pour annoncer, depuis cet événement, la mise en place de notre comité de financement pour les programmes nucléaires, réunissant banques, financiers et professionnels du secteur.

Mais on peut aussi profiter de l'actualité de l'entreprise. Pour les 80 ans d'EDF, le 8 avril 2026, nous aurions pu nous contenter d’un plan média autour de l'histoire du groupe et de son rôle dans la construction du système électrique français. Nous sommes allés plus loin et avons profité de la visibilité offerte par cet anniversaire pour faire des annonces pour aider les Français à passer à l’électrique.

 

Selon vous, quels sont les grands défis actuels dans votre métier ?   

L'évolution la plus marquante, c'est l'accélération de l'information. Avant, on attendait le journal télévisé pour s'informer. Aujourd'hui, tout circule instantanément, y compris les informations non vérifiées. En tant que professionnels, notre valeur ajoutée c'est justement d'être réactifs, fiables et transparents. Cette exigence est renforcée par le poids croissant des sujets énergétiques dans le débat public. À l’approche des élections, ces enjeux peuvent faire l'objet de désinformation ou de simplification. Cela nous conduit à travailler en amont, à froid, avec un effort constant de pédagogie auprès de l’ensemble des médias.

La deuxième évolution, c'est l'intelligence artificielle, qui devient le moteur de recherche privilégié des Français. On ne confiera pas les relations presse à une IA, mais il faut en tenir compte. Les communiqués de presse retrouvent de la valeur parce que les IA les exploitent dans leurs réponses. Tout comme les articles de presse, auprès desquels l’IA se source. Chez EDF, on intègre déjà cette réalité. Quand notre nouveau PDG a pris ses fonctions, son nom apparaissait peu dans les résultats générés par l’IA. Quelques interviews et portraits dans la presse ont permis de corriger cela.

 

Comment mesurez-vous les retombées de vos campagnes RP ? 

 

Mesurer les retombées presse en relations presse reste un exercice complexe, en particulier dans un groupe comme EDF, exposé à de nombreux sujets sensibles. Paradoxalement, le meilleur article est parfois celui qui ne sort pas.
Pour autant, nous nous appuyons sur plusieurs outils de mesure. Nous disposons notamment d’un département études et opinions qui utilise l’unité de bruit médiatique. Cet indicateur permet d’évaluer l’exposition du grand public à une actualité. Il offre également des points de comparaison avec d’autres entreprises. Une unité de bruit médiatique plus faible ne signifie pas nécessairement une moindre activité. Cela peut simplement vouloir dire qu'on maîtrise mieux les sujets sensibles.
Nous utilisons également des indicateurs comme l’équivalent publicitaire, en comparant par exemple le coût d’un dispositif presse à celui d’une campagne média de portée comparable.
Mais au-delà des indicateurs quantitatifs, l’analyse qualitative reste déterminante. Ce qui compte, c’est la manière dont les sujets sont traités : les messages sont-ils compris ? Le traitement est-il équilibré, positif, critique ? Au fond, ce n’est pas tant le volume qui fait la valeur d’une retombée que sa qualité.

 

Comment entretenez-vous vos relations avec les journalistes ?

 

La relation ne se construit pas en période de crise, elle se construit sur le long terme. Nous veillons à entretenir un dialogue régulier, avec plusieurs rencontres dans l’année pour comprendre les attentes des journalistes et partager nos actualités. Nous organisons également des temps d’échange avec notre PDG et les membres du Comex, qui permettent d’installer une relation plus directe et de fond. Cette relation repose aussi sur la franchise. Lorsque nous ne sommes pas en accord avec le traitement d’un sujet, nous le disons. Le journaliste conserve bien sûr toute sa liberté éditoriale, mais ce dialogue permet souvent de faire progresser la compréhension mutuelle. Il m’est arrivé, par exemple, de solliciter un journaliste après une publication pour contester certains éléments et d’obtenir une correction, non par principe, mais parce que les arguments apportés étaient étayés et convaincants.
C’est avant tout un échange exigeant et respectueux. L’indépendance des journalistes et des médias est essentielle : elle constitue un pilier du bon fonctionnement démocratique.

 

Auriez-vous un exemple de campagne RP dont vous êtes fiers ? 

 

Deux campagnes me viennent à l'esprit. L'une en situation de crise, l'autre dans un contexte plus corporate.

La première remonte à 2017, lors de l'ouragan Irma qui avait durement frappé Saint-Martin. EDF s'est mobilisée très rapidement pour envoyer des équipes sur place. L'entreprise a même affrété un Antonov. Côté RP, notre priorité était double : rendre visible l’engagement des équipes et informer les habitants, confrontés à des conditions extrêmement difficiles, que des renforts étaient en route. Nous avons communiqué sans attendre et embarqué des journalistes au plus près de l’opération. Je les ai notamment emmenés sur le tarmac de Châteauroux, un samedi matin, pour assister au départ du matériel. Puis nous avons organisé un suivi sur la durée, en leur permettant de documenter les réparations jusqu’au rétablissement progressif de l’électricité. Cette continuité a permis de donner à voir concrètement l’action d’EDF sur le terrain.

 

La deuxième, c'est une campagne de recrutement. Nous avons déployé un dispositif combinant presse et réseaux sociaux, avec notamment la participation du youtubeur Tibo InShape, qui a réalisé un format “vis ma vie” dans une centrale nucléaire. En parallèle, nous avons réalisé des RP et obtenu de nombreuses retombées en presse écrite et audiovisuelle. Les résultats ont été très concrets : le trafic sur la page EDF Recrute a augmenté de 200 %, au point que nous avons dû interrompre la campagne, tous les postes ayant été pourvus. C’est typiquement le genre de campagne où l’impact est immédiatement mesurable.

 

Pour terminer, quels sont vos conseils pour être un bon communicant RP ?  

 

D’abord, il faut s’intéresser à l’ensemble de l’écosystème médiatique, et ne pas se limiter aux usages de sa propre génération. Télévision, radio, presse écrite, pure players : chaque canal a ses codes, ses contraintes et ses publics. Les comprendre est indispensable.
Ensuite, il est essentiel d’aller en profondeur dans les sujets. Sans cette exigence, on ne peut pas être réellement force de proposition auprès des dirigeants. C’est cette capacité d’analyse qui fonde la légitimité dans ce métier.
Enfin, c’est un métier où l’on apprend en permanence. Les formats évoluent, les attentes aussi, et c’est précisément cette dynamique qui le rend aussi exigeant qu’intéressant.
 

 

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