Pour commencer, pouvez-vous présenter ainsi que votre travail pour Libération ?
Je m'appelle Marie-Ève Lacasse et je suis journaliste à Libération depuis bientôt cinq ans.J’écris sur le logement, en particulier sur le « mal logement » et la crise du logement. J’ai une approche sociale, économique et politique de cette rubrique.
Comment maintenir l’intérêt des lecteurs pour vos sujets, dans un contexte de saturation informationnelle ?
Ce qui fait l’intérêt d’un papier, c’est la manière de raconter un sujet.Par exemple, j’ai rencontré des étudiants qui vivent de plein fouet la crise des logements universitaires. L’essentiel est que mes lecteurs puissent s’identifier à l’histoire des personnes concernées par ces problématiques.
Beaucoup de lecteurs de Libération sont parents. Certains ont des enfants qui entrent à l’université et sont inquiets.
Les plus jeunes lecteurs concernés par ces problématiques sont heureux de se sentir représentés, moins seuls.
J’espère susciter l’intérêt de mes lecteurs lorsque je retranscris leurs quotidien, leurs difficultés. Evidemment, cela repose en partie sur l’écriture. J’essaie d’être la plus généreuse et précise dans ce que je raconte.
Quelles sont vos principales sources d’informations pour rédiger vos articles ?
Mes sources sont principalement des histoires humaines. Je m’intéresse aux récits intimes, et à tout ce que le concept de « maison » recouvre.Je questionne directement les habitants sur leurs rapports au logement. Je leur demande comment ils s’y sentent et quelles sont leurs habitudes.
J’utilise également les dépêches de l’AFP pour suivre l’actualité de la filière du logement. C’est inévitable. Cela m’aide à suivre le calendrier ministériel et toute l’actualité économique de ce domaine. Je crois que ma façon de travailler s’apparente davantage à celle d’une écrivaine que d’une journaliste. D’ailleurs, j’ai étudié la littérature, je n’ai pas fait d’école de journalisme, et j’ai une pratique d’écrivaine à côté de ce travail.
Les communiqués de presse sont-ils utiles dans le choix de vos sujets ?
Je suis attentive à certains communiqués de presse. Ceux de syndicats de locataires comme la Confédération nationale pour le logement ou de l’association DAL (Droit au Logement) peuvent m'alerter parce qu’ils ont un regard très particulier sur les mal-logés et les locataires en difficulté. Les communications d'institutions dont je suis les actualités de près, comme La Fondation pour le logement (ex-Fondation Abbé-Pierre) me sont également utiles.De plus, je consulte régulièrement les rapports de la Cour des comptes et du Conseil constitutionnel sur le logement. Des lanceurs d’alerte me contactent aussi directement sur différents sujets et j’y suis réceptive.
Dans quelle mesure les relations presse peuvent vous aider dans votre travail, au-delà des communiqués ?
Parfois, mais c’est rare, les communicants peuvent m’aider dans la prise de contact avec les interlocuteurs dont j’ai besoin pour la rédaction de mes articles. Certains organisent des rendez-vous très pertinents. Ils sont particulièrement précieux lorsque je dois interviewer des chefs d'entreprises ou des personnalités politiques.Néanmoins, je n’aime pas que les attachés de presse cadrent trop mes interviews. J’ai le sentiment d’être surveillée et éventuellement censurée.
Quelles pratiques devraient éviter les attachés presse selon vous ?
Certaines pratiques de relation presse peuvent être contre-productives. L’une d’elles consiste à programmer mon sujet, trouver mon angle et mes interlocuteurs. Je ne peux pas lire un communiqué de presse qui me dira quelle sera la conclusion de mon article. C'est impossible, car le journalisme, c’est accepter d’être étonné(e) : je ne sais pas ce que je vais découvrir avant d’écrire un article.Aussi, il arrive souvent que les attachés presse assistent silencieusement à mes entretiens, pour assister leurs clients. Je n’apprécie pas cette méthode.
Je déplore aussi d’autres pratiques plus convenues. Par exemple, l'envoi massif de communiqués de presse à des milliers de journalistes, sans ciblage ni distinction.
Enfin, il y a des règles de l’ordre de la subtilité : les relances de mails harcelantes ou les tentatives de contact par tous les moyens sont rapidement oppressantes.
Pour finir, quelles sont les conditions pour de bonnes relations presse ?
De la même façon que le journaliste, le communicant doit aimer son travail. Il doit aussi « aimer » les journalistes, et lire attentivement leurs papiers. Cela suppose de comprendre leurs centres d’intérêt et leurs contraintes. C’est un investissement en temps mais qui fait toute la différence. Cette démarche témoigne d'une véritable considération pour notre travail. Et c'est souvent sur cette attention mutuelle que se construit une relation d’estime, bien plus durable.A lire aussi :
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