Pouvez-vous présenter votre parcours ? Comment êtes-vous arrivé dans la communication et les relations presse ?
J'ai commencé par une licence d'histoire à la Sorbonne. À l’époque, je voulais être journaliste. J’ai donc étudié un an d'information-communication en 3e année à la Sorbonne Nouvelle. Ce cursus s'est prolongé par une alternance en communication dans le secteur privé, après avoir découvert les métiers de la communication. J’ai vite réalisé que je me destinais plutôt à des missions de service public, avec un véritable souhait d’être utile à mes concitoyens. Après cette première expérience professionnelle, j'ai passé le concours du master 2 Communication politique et publique du Celsa. Je l’ai obtenu et j'ai ensuite fait mon stage de fin d'année au Conseil d'État au sein du service communication, où j’ai découvert les relations presse. Être au contact permanent de l’actualité m’a passionné.J’ai ensuite travaillé quelques mois chez Kantar (maintenant Onclusive) en tant que chargé de veille média avant de revenir au Conseil d'État. J’y suis resté environ six ans avant d’être recruté par la préfecture de police en tant que responsable adjoint du service presse en 2022. J'ai rejoint Île-de-France Mobilités en 2024 comme chef du pôle presse et réseaux sociaux.
Ce sont les rencontres et les opportunités qui ont déterminé mon parcours. Je me destinais au journalisme, je ne connaissais pas les métiers de la communication. J’ai ensuite découvert que les communicants sont un maillon de l’information indispensable, en particulier dans le secteur public. Les informations que nous traitons servent au plus grand nombre.
Quelles sont les trois qualités indispensables pour être un bon chargé de RP selon vous ?
La première chose, c’est la réactivité. Nous exerçons un métier très intense : il faut donc être réactif, souple et flexible. Un bon communicant doit être capable de passer d’un sujet à l’autre en deux minutes.Par ailleurs, il faut aimer comprendre et synthétiser des sujets parfois complexes. Les communicants sont la fenêtre de l’institution sur le monde extérieur. J’ai eu l’occasion de travailler avec des juristes, des ingénieurs ou des policiers : tout l’enjeu est d’arriver à construire un discours clair, facile à comprendre et utile pour le concitoyen.
Enfin, la rigueur est évidemment une qualité nécessaire, pour éviter toute diffusion de fausse information.
Quelles sont vos relations avec les autres services en interne ? Dans quelle mesure avez-vous déjà eu le sentiment de devoir justifier l’utilité des RP ?
Au fil de mon expérience, la majorité de mes interlocuteurs ont compris l’importance d’avoir un service de communication aguerri. J’ai croisé certaines personnes sur mon chemin qui considéraient notre métier comme superflu : il a donc fallu parfois changer les mentalités.Néanmoins, à Île-de-France Mobilités, tous les collaborateurs comprennent l’intérêt de la communication. Notre activité s'inscrit dans le quotidien des Franciliens. Nous sommes visibles tous les jours. S’il y a un incident sur le réseau, tout le monde le voit. Si un bus ne roule pas, les usagers nous interpellent. Nous recevons des demandes de la presse pour expliquer une panne sur le métro. Que ce soit en RP ou sur les réseaux sociaux, nous répondons à un besoin concret.
Quels sont vos enjeux de communication à Île-de-France Mobilités ?
Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus visibles. La marque se déploie en Île-de-France, dans un contexte d’ouverture du réseau de transport à la concurrence. L’objectif est de l’installer dans le quotidien des Franciliens : un seul réseau, un seul tarif, un seul interlocuteur. Avec les journalistes également, nous installons ce réflexe afin qu’ils nous contactent. L'enjeu RP consiste à élargir notre spectre au-delà des journalistes spécialisés dans les transports. Nos sujets touchent directement la vie quotidienne des lecteurs, et les rédactions nous sollicitent beaucoup. Même une information très locale, comme un nouvel arrêt de bus, trouve toujours un journaliste intéressé. Les médias s'intéressent en effet de plus en plus au quotidien de leur public. À l'inverse, les sujets de fond mobilisent plus difficilement les médias en l'absence d'images à tourner ou de nouveautés concrètes.
Par rapport aux évolutions actuelles, quels sont les défis dans votre métier ?
J’identifie trois principaux défis.Le premier concerne l'accélération du cycle de l'information, à laquelle nous commençons tous à nous adapter. Aujourd’hui, vous sortez d’une réunion avec une association d’usagers, l’information est déjà diffusée dans la presse sans que vous ayez le temps de réagir. Les réseaux sociaux imposent une anticipation de plus en plus importante.
Le deuxième est un peu plus problématique : c’est la perte de confiance dans les institutions, qui semble assez pérenne. Notre but est de véritablement travailler sur la transparence de nos prises de parole, ainsi que la vérification des informations qui paraissent. En effet, une information qui apparait sur les réseaux sociaux n’est pas forcément vraie, alors même que parfois le poids d’un tweet peut valoir la prise de parole d’une institution. C’est une crise profonde, et nous avons un rôle à jouer pour rétablir cette confiance des concitoyens vis-à-vis du monde public, politique et institutionnel.
Enfin, nous observons la perte de vitesse des médias traditionnels par rapport aux réseaux sociaux et aux créateurs de contenus. Lorsque j’étais plus jeune, une information paraissait dans le JT du 20h, et vous saviez qu’un Français sur six l’avait vu. Aujourd’hui, c’est un Français sur quinze. En tant que communicants, nous devons désormais segmenter nos messages selon les médias, donc selon différents publics. Nous ne pouvons plus nous adresser à tous de la même manière.
Par ailleurs, cette reconfiguration du paysage médiatique entraine la baisse du nombre de médias locaux en Île-de-France. Paris concentre les grands médias nationaux et internationaux. Votre actualité locale n’intéresse donc pas forcément les journalistes parisiens.
Justement, comment faire pour maintenir de bonnes relations avec ce panel de journalistes aux besoins différents ?
C’est un vrai défi. Il est évident que le plus simple est d’aller à leur rencontre. Mais nous ne pouvons pas les voir tous les jours. Nos contraintes temporelles nous empêchent d’organiser des moments d’échange physiques réguliers. Le plus souvent, nous les rencontrons à l’issue de conférences de presse ou de sorties de terrain. Ils nous font alors remonter leurs demandes. Autrement, il faut prendre le temps d’échanger au téléphone, de s’adapter à leurs besoins. En général, nous avons un ou deux contacts par média avec qui la relation est maintenue et qui sont nos portes d’entréePar exemple, les chaines de télévision n’ont pas les mêmes besoins que la presse écrite, qui peut traiter de sujets plus longs, plus de fond. Les journalistes TV ont besoin d’images, de sujets de reportage concrets.
Notre défi est de trouver la bonne porte d’entrée dans ces médias. Il est parfois compliqué de repérer les spécificités des sujets traités par chacun. Nous pouvons nous aider d’outils de relations publiques, mais selon moi, rien ne remplace jamais le dialogue et l’échange.
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