Pour commencer, pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre travail chez Brut ?
Je suis journaliste pour Brut depuis quatre ans et demi. Aujourd’hui, je suis Head of Snapchat. Cela signifie que je gère le compte Snapchat de Brut. Je fais également des reportages : tout l’enjeu pour moi est de réussir à concilier ces deux missions dans mon planning. Chez Brut, les équipes sont organisées par plateforme, et non par rubrique comme dans les rédactions de presse écrite : TikTok, Instagram, Snapchat et YouTube. Par conséquent, je suis amenée à traiter de sujets très variés. Par exemple, je peux suivre un artiste dans les coulisses de son concert, couvrir des sujets sociétaux ou encore présenter un restaurant. Tant que je maitrise un tant soit peu la thématique, je peux m’en emparer.Nous traitons nos sujets en format vidéo. Par conséquent, nous sommes à la recherche de reportages, de séquences et d’interviews vidéo.
Qu’est-ce que vous publiez sur Snapchat exactement ? Qu’est-ce que cela signifie d’être « journaliste Snapchat » ?
Snapchat est une plateforme très spécifique. Grâce à un partenariat avec Snapchat France, nous avons accès à la publication de stories, auxquelles les utilisateurs ont accès 24 heures seulement. Le second format, « les shows », nous permet de traiter des sujets plus longs. Ces programmes durent jusqu’à 20 minutes. Concrètement, notre travail quotidien consiste à proposer une story en rapport avec l’actualité pendant la conférence du matin. Nous pouvons présenter une actualité pop culture, ou une « trend » TikTok par exemple. Notre public est beaucoup plus jeune que sur nos pages Instagram et Facebook, environ 17 ou 18 ans. Nos stories n’ont ni voix off ni face caméra. Elles reposent sur des images d’illustration et un bandeau. Notre page principale, Brut Story, rassemble environ 2 millions d’abonnés à date. Ensuite, Brut Pop en compte 1,5 million, Brut Doc plus d’un million, nous avons également Brut Classics et Brut Sport.
Justement, comment choisissez-vous vos sujets ? Quels sont les critères ?
Pour choisir nos sujets, le critère indispensable reste nos audiences. Nous nous demandons ce qui va plaire à notre communauté en fonction de l’âge et de la plateforme. Nous cherchons à être les premiers. Si un sujet a été traité dans le JT de la veille, c’est trop tard : cela signifie que nos abonnés ont déjà vu ou entendu cette information quelque part. Par ailleurs, l’existence de vidéos pour illustrer le propos est l’un des principaux critères. Snapchat en particulier est une plateforme où la vidéo et l’image sont beaucoup mises en avant. Donc si on ne trouve pas d’illustrations, nous ne traitons pas le sujet. À l’exception des sujets très importants évidemment. Par exemple, si Emmanuel Macron prend la parole autour des jeunes, on sait qu’on va pouvoir récupérer les images. En revanche, un fait divers fonctionne très bien sur TikTok. Mais sur Snapchat, il manque souvent d’images.
L’autre contrainte sur ce type de sujets, c’est que nous ne pouvons pas utiliser les mots « alcool » ou « violence conjugale » dans nos miniatures : il faut mettre un astérisque. Il en va de même pour les images de cigarettes ou de bouteilles. Il y a beaucoup de règles sur ces plateformes. Pendant les incendies de l’été 2026, cela nous a posé problème, car nous ne pouvions pas montrer de fumée.
Comment réalisez-vous votre veille ?
Je suis beaucoup sur les réseaux sociaux. Je suis de nombreux médias, et notamment des médias anglophones. Nous savons que si une tendance commence en Angleterre, elle arrive en France la semaine d’après. Par exemple, les « battles d’aura » sont arrivées très vite depuis les États-Unis.Il y a également tous les mails que nous recevons, notamment de la part d’attachés de presse. Souvent, ils me sont très utiles pour les sujets « food » et culture : ils gèrent plusieurs établissements, ou plusieurs artistes. Pour les breaking news ou la santé, je les sollicite moins. Ils représentent souvent des marques et je refuse que mon contenu paraisse promotionnel. Par exemple, j’ai fait un sujet long sur le CBD et les cannabinoïdes de synthèse, et je ne voulais pas qu’il y ait un conflit d’intérêts en allant voir une marque plutôt qu’une autre.
Justement, comment un mail peut devenir un sujet intéressant pour vous ?
Quand je reçois un mail, le titre détermine déjà si je clique dessus ou si je le supprime. Il m’arrive également d’en sélectionner quelques-uns pour les mettre de côté. Par exemple, une attachée de presse habituée à m’envoyer des communiqués sur des restaurants m’a envoyé un communiqué sur une restauratrice brésilienne. Son histoire a retenu mon attention. Il y avait un storytelling qui répondait à mes critères, c’était un restaurant de sandwichs parfait pour la période estivale, et la propriétaire pouvait me cuisiner la recette en live. C’est un CP qui a abouti à un « Brut Food » cet été.
Mais de manière générale, c’est assez rare qu’on s’appuie sur un communiqué reçu par mail. Je trouve d’ailleurs qu’ils sont assez mal ciblés. J’ai le sentiment que les attachés de presse attendent de nous que nous fassions le tri. Ils ne se demandent pas vraiment ce qui peut nous intéresser. Je trouve également que les communiqués que je reçois sont trop souvent centrés sur des sujets parisiens, alors que nous cherchons à traiter des sujets qui ne concernent pas que la capitale.
Quelles sont les erreurs à éviter dans un communiqué de presse selon vous ?
Comme nous souhaitons anticiper nos sujets et avoir une longueur d’avance, si nous recevons un communiqué le jour même de l’actualité, c’est déjà trop tard. Je lis principalement les objets de mail. Inutile d’ajouter la mention [COMMUNIQUÉ DE PRESSE] : elle occupe tout l’espace et masque la suite.
Par ailleurs, je ressens un manque de connaissance sur notre média et nos formats parfois. Il m’arrive de recevoir un mail présentant les sorties musique de la semaine indiquant « si vous avez un format sur les sorties musiques… ». Mais quelqu’un connaissant un peu notre média, sait que nous ne traitons pas la musique de cette manière. À l’inverse, certains n'hésitent pas à me questionner sur nos formats et nos sujets. Après mes explications, ils savent quoi envoyer.
Ce volume de communiqués peut devenir un problème lorsqu’il me fait passer à côté d’informations importantes.
Quelles sont tes attentes envers les communicants ? Quelles sont les qualités d’un bon chargé de RP selon toi ?
Comme nos formats sont uniquement vidéo, je rencontre notamment les communicants au moment des tournages. Dans ce cadre, j’apprécie les communicants qui prennent le temps de nous appeler en amont pour bien les préparer. J’ai besoin de pouvoir partager mes idées de séquence, les interviews que je souhaiterais avoir, etc. Le chargé de relations presse doit être un facilitateur pour me permettre de tourner mes images, tout en me laissant la liberté du reportage. L'anticipation est essentielle pour nous.
Par ailleurs, le jour du tournage d’une interview, un attaché de presse doit être en retrait total. Pour moi, il ne doit pas intervenir au moment où je pose mes questions. Le média training doit être réalisé en amont.
Lors d’un évènement, j’attends d’un bon attaché presse qu’il vienne se présenter et me mette en relation avec les personnalités que je dois rencontrer.
Enfin, dans quelle mesure les conférences de presse sont-elles encore utiles selon vous ? Quelle est la place des rencontres en personne dans les relations presse ?
Chez Brut, nous n’allons pas vraiment aux conférences de presse. C’est plus efficace de m’envoyer un CP et de m’appeler 20 minutes pour m’expliquer le sujet, plutôt que je me déplace une heure à une conférence, alors même que je ne suis pas sûre que le sujet m’intéresse. Souvent, les horaires ne nous conviennent pas. Une conférence à 10 h 30 casse notre dynamique de travail. Certains sujets font exception, notamment le sport, avec par exemple une conférence dédiée à la Coupe du monde avec Zinedine Zidane. Depuis peu, j’essaie en revanche d’organiser des déjeuners ou des petits-déjeuners avec des attachés de presse. Ces rencontres sont utiles quand la personne gère plusieurs secteurs, par exemple des hôtels et des restaurants. Un échange en présentiel crée de véritables relations. C’est là que se préparent les bons sujets.
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