Pouvez-vous commencer par vous présenter, ainsi que votre travail au sein de l’émission Invitation au voyage (Arte) ?
Je suis Olivia Buffi, l’une des rédactrices en chef de l’émission Invitation au voyage, diffusée quotidiennement sur Arte. Nous sommes quatre journalistes rédacteurs en chef des sujets dits « longs », à savoir les sujets Inspiration et Héritage, format 14 minutes. En tout, nous produisons chacun 80 sujets par an. Notre travail consiste à choisir le réalisateur et à accompagner l’ensemble des étapes de production, de l’écriture au montage et même à la post-production. C’est un format très exigeant, qui s’apparente à la fois au reportage car il faut des images vivantes, mais aussi au documentaire, avec un degré de préparation et d’écriture très fort.
Nous sommes partie prenante dès le choix des sujets en lien avec la production, ses paramètres, les coûts, mais aussi en fonction des demandes d’Arte. Nous suivons ensuite toutes les potentielles modifications aux différentes étapes de la chaîne de réalisation. Il y a également un travail de fact-checking, en lien avec des journalistes. L’enjeu est de répondre aux attentes de notre public, que nous souhaitons très varié et exigeant.
Quelle est la temporalité entre le moment où vous choisissez le sujet et le moment où il est publié ?
La temporalité est de six mois au minimum. Depuis le mois de juin dernier jusqu’à décembre prochain, par exemple, nous préparons les tournages et les montages des sujets qui seront diffusés entre janvier et juin 2027.
Comment choisissez-vous vos sujets ? Quels sont les critères pour qu’un sujet puisse faire l’objet d’un documentaire ?
Nous avons deux rubriques : Inspiration et Héritage. Les sujets sont toujours liés à un lieu, une destination, puisque c’est une invitation au voyage. Mais ce n’est pas du tourisme : ce titre fait référence à Baudelaire, et au voyage comme découverte d’un territoire, à la fois géographique, historique et humain.
L’objectif est d’essayer de découvrir un lieu en comprenant la culture, la mentalité et l’histoire de ses habitants. Pour cela, nous pouvons le traiter par le prisme de l’inspiration : c’est-à-dire en présentant un ou une artiste, écrivain, cinéaste, photographe, poète, chanteur, musicien, plasticien, peintre ou architecte qui a été inspiré(e) par le lieu pour une œuvre donnée. Nous pouvons également le présenter à travers notre rubrique Héritage. Nous nous attachons alors à un élément de la société ou de la culture d’aujourd’hui relié au territoire donné, afin de présenter l’épopée humaine qui mène à cet état de culture, de mentalité, ou de mode de vie.
Je m’inspire de la littérature, de la presse, de la photographie. Je vais voir des expositions, des spectacles vivants, je vais au théâtre et au cinéma : tous ces éléments nourrissent mes idées. Nous trouvons parfois quelques éléments dans les guides touristiques, mais cela reste à la marge.
L’émission va bientôt fêter ses 10 ans : notre enjeu est de renouveler nos sujets. Depuis quelques années, nous cherchons des sujets plus « pop », autrement dit plus contemporains et issus de la culture populaire. Par exemple, nous avons traité l’éducation des femmes au Kerala, en partant du fait que 98% des femmes sont alphabétisées dans cet état indien, alors que ce n’est pas le cas dans le reste du pays.
Je suis donc en contact avec les services de presse des expositions ou des festivals comme Avignon et Arles pour aller aux visites de presse, ou encore ceux des éditeurs.
Justement, quelle est la place des relations presse dans votre quotidien ? Dans quelle mesure un communiqué de presse peut vous être utile ?
Je suis submergée de mails de communicants, et beaucoup sont en décalage avec mes sujets. Par exemple, je reçois des publicités pour des hôtels de luxe, ou pour un séjour en Thalasso. Je décroche tout de suite car ça ne m’intéresse pas du tout. Il y a également énormément de communiqués sur les restaurants. Je suis toujours un peu réticente quand j’ai le sentiment que les RP cherchent de la publicité gratuite.
Certains services de relations presse nous sont utiles comme ceux des offices du tourisme en organisant des rencontres. Par exemple, j’avais participé à un évènement organisé par la région Toscane, qui m’avait permis d’avoir des pistes éventuelles de sujets.
Mais globalement, j’ai le sentiment que les communicants ne comprennent pas très bien nos besoins.
Dans quelle mesure êtes-vous parfois amenée, à l’inverse, à solliciter les services de presse ? Dans ce cas, quels sont vos besoins ?
Je les contacte essentiellement pour recevoir un roman sur un sujet par exemple. Mais recevoir une œuvre ne signifie pas que nous y dédierons un reportage. Autrement, mais c’est plutôt le travail des réalisateurs, nous rentrons en contact avec les relations presse pour contacter un artiste.
Quelles sont les erreurs à éviter ?
Très souvent, je reçois des mails de service de presse intitulés : « Nous avons un reportage pour vous ». Mais ce n’est pas aux communicants de décider de nos reportages. Et 90% du temps, j’ai envie de les inviter à regarder l’émission au moins une fois avant de me transmettre une communication. J’ai le sentiment qu’ils envoient les éléments à la chaîne. Résultat : j’efface tout de suite les mails et je me désinscris sans chercher à en savoir plus.
Je reçois des dizaines de communiqués de presse par jour. Donc je passe un temps conséquent à les effacer ou à me désinscrire, en espérant ne pas passer à côté de quelque chose d’intéressant.
J’ai parfois le sentiment que les communicants s’arrêtent au titre de l’émission au premier degré, et non pas à la dimension culturelle. Par exemple dans ma boîte mail aujourd’hui, je trouve un éditeur qui me parle d’un philosophe norvégien à Paris, ou encore une réflexion sur le retour de l’Argentique sur les réseaux sociaux avec le baromètre photo et vidéo 2026. Ces informations peuvent m’intéresser. En revanche, Corolle qui dévoile sa collection de Noël, je n’en ai pas besoin. J’ai également reçu « la ville française la plus romantique pour un date selon votre signe astrologique » : autant vous dire que ça n’a aucun rapport avec mes sujets.
En résumé, quand je vois de la communication d’entreprise, ou de la publicité, ça ne m’intéresse pas. À l’inverse, je suis intéressée par les informations sur des événements ou des faits culturels.
Que pensez-vous des voyages de presse ?
Nous n’avons pas le temps d’y participer. J’ai eu l’occasion d’en faire un parce qu’il avait lieu par miracle, une semaine où je n’avais pas de montage. C’était au Kazakhstan. Comme j’envoyais une équipe là-bas, je trouvais ça intéressant. Mais c’est extrêmement rare que nous y participions.
Quelles sont les conditions de bonnes relations presse selon vous ?
J’ai besoin que les communicants soient réactifs. Par exemple, lorsque nous cherchons à rentrer en contact avec un agent ou un artiste, nous apprécions les retours rapides.
Je trouve très intéressant de pouvoir participer à des rencontres organisées sur un sujet donné, afin d’échanger et de faire des rencontres. Également des dossiers de presse qui s’attachent au fond peuvent nous être utiles.
Comme nous ne sommes pas forcément dans l’actualité, avoir des services de presse qui nous aident à récupérer des éléments anciens est une réelle plus-value pour nous. Par exemple, nous avons parfois besoin des catalogues d’exposition passées.
Il faut que les communicants comprennent l’âme de notre émission. Si les acteurs du domaine culturel ainsi que les villes, les régions ou les associations locales pouvaient nous transmettre les actualités propres à un lieu, cela pourrait également nous aider.
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